Un ancien architecte lesquinois est jugé depuis hier pour tentative d'assassinat envers sa femme.
Ecrit par A.-S. COUSIER
L’accusé et la victime main dans la main
Accompagnés de leur fils, Jean-Claude et Chantal Godrie sont entrés dans la salle d’audience du palais de justice de Douai ensemble, main dans la main, hier en début d’après-midi. ILs l’ont quittée à deux, tout aussi unis. Visiblement, rien ne pourra séparer ce couple de catholiques pratiquants, marié depuis 37 ans. Pas même le drame du 20 septembre 2002 survenu dans leur maison à Lesquin. Ce matin-là, Jean-Claude Godrie, un architecte à son compte alors âgé de 55 ans, tire sur son épouse à l’aide d’un fusil de chasse. Une arme qu’il venait de prendre dans la chambre de son fils qui dormait encore. C’est ce que Jean-Claude Godrie, défendu par Maître Berton, attaché au barreau de Lille, a reconnu à la cour d’assises de Douai, présidée par Mme Schneider. L’accusé y est jugé depuis hier pour tentative d’assassinat. « J’ai tiré sur ma femme en fermant les yeux. Je ne voulais pas la tuer mais mourir seul. Seulement, je me suis dit qu’elle ne supporterait pas mon départ. »
Après avoir tiré, ce matin-là, « j’ai voulu retourner l’arme contre moi ». Seulement, les cris de sa femme et la vue de son fils, réveillé par sa mère, ont stoppé net ses intentions. « Et j’ai aussitôt appelé les secours », continue le Lesquinois. Dépressif, Jean-Claude Gondrie, hospitalisé d’office après les faits, ne présente pas pour autant de pathologie mentale. « Anxieux, il est agressif envers lui-même et en dépression réactionnelle », conclut un expert psychiatre.
Suicide altruiste
Parce qu’il était criblé de dettes (120 000 €), justifie l’accusé – ce que son épouse ignorait -, et surtout parce le banque ne le soutenait plsu, voià pourquoi tout a basculé ce jour-là. « J’ai toujours pensé que mes fiances se rétabliraient. Mais quand la banque appelle, je comprends que c’est la fin », raconte l’accusé entre deux sanglots.
Malgré le drame, la victime n’a jamais porté plainte contre son mari. Pourtant, gravement blessée à la tête, Chantal est aujourd’hui aveugle. « Je sais qu’il n’a jamais voulu m’assassiner, qu’il était désespéré », dit-elle à plusieurs reprise. Ses sentiments pour lui n’ont pas failli une seule seconde. Hier, elle l’a une nouvelle fois prouvé. Tout d’abord, en se constituant partie civile. « Je l’ai fait pour pouvoir être auprès de mon mari, l’accompagner tout au long du procès. » Pour pouvoir aussi comprendre ce qui s’est exactement passé ce matin-là dans la tête de son époux. « Elle en a besoin », rappelle d’ailleurs son avocat Maître Cochet, attaché au barreau de Lille. « et puis je veux pouvoir dire à quel point j’aime mon mari, que je lui pardonne son geste désespéré. Et surtout que je demande l’acquittement pour lui. »
Comment ressent-elle son handicap aujourd’hui ? lui demande l’avocat général.
« Le mal n’est pas ma cécité. Le mal , c’est d ‘être séparée de mon mari. »
Depuis sa sortie de l’hôpital, ou elle est restée près de deux mois, Chantal vit chez les Petites Sœurs des pauvres à Lille. « Et je souffre quotidiennement de ne plus vivre avec mon mari depuis deux ans. »
Jean-Claude Godrie, qui a retrouvé un travail à mi-temps depuis un mois et demi, reste quant à lui chez un abbé dans le quartier de Fives à Lille. Chaque week-end, il le passe avec son épouse. « Et nous séparer le lundi est un enfer. »
A la fin de cette première journée de procès, Jean-Claude Godrie a demandé publiquement pardon à son épouse. « Je t’ai déjà pardonné a-t-elle répondu. Ce que je demande, aujourd’hui, c’est de nous laisser une chance de revivre ensemble. » Verdict ce soir.