Tentative de meurtre Libre, il quitte le tribunal avec sa femme infirme.

Ecrit par GEOFFROY TOMASOVITCH
Douai (Nord)
De notre envoyé spécial

COUPABLE mais libre. Hier soir, la cour d’assises du Nord a condamné Jean-Claude Godrie, 57 ans, à cinq ans de prison avec sursis mise à l’épreuve pour avoir tenté d’assassiner son épouse, Chantal, le 20 septembre 2002 à Lesquin (Nord). En larmes mais heureux, le mari, sa femme qui l’a toujours défendu et leur fils se sont longuement étreints à l’énoncé d’un verdict clôturant le procès d’un poignant drame passionnel. Sa foi en Dieu est infinie, son amour pour son mari immortel et sa générosité sans limite. Voilà qui est Chantal Godrie. Habitée par ces valeurs, cette femme de 56 ans juge inconcevable d’être « la victime de son mari « , quand bien même ce conjoint l’a rendue aveugle à vie en lui tirant un coup de carabine en pleine tête. Chantal n’est pas victime de son mari mais des circonstances de la vie résume une de ses amies devant la cour d’assises à Douai où – fait rarissime- la partie civile a demandé hier l’acquittement de l’accusé.
« Ma Cliente n’en a jamais voulu à son mari, on est au delà du soupçon. Ce qui a été fait est fait, la vie doit continuer, de grâce, permettez-le. Sommes-nous sûrs qu’en condamnant Jean-Claude Godrie, on ne punirait pas au moins autant Chantal ? » plaide Maître Christian Cochet.Cette position singulière de la partie civile gêne l’avocat général. Conscient d’intervenir dans un dossier atypique, Jacques Raybaud ne croit pas à la thèse de l’architecte, qui, acculé par les dettes, décide de supprimer sa femme, son fils puis de se suicider pour soulager tout le monde. « Au nom de quoi s’arroge-t-on le droit de vie ou de mort sur les autres ? » interroge le magistrat qui va s’attacher lors d’un long réquisitoire à rapporter la preuve de la pleine et entière responsabilité de l’accusé.
Se basant sur les déclarations de Jean-Claude Godrie juste après les faits, l’avocat général estime que son acte était prémédité et que l’intention homicide est avérée. Comment expliquer un tel geste ? Selon Jacques Raybaud, l’origine des difficultés financières de Godrie trouve sa source dans une erreur d’aiguillage professionnel, quand l’architecte formé sur le tas s’est installé à son compte : « Il n’a pas compris certaines spécificités de cette profession où il existe un décalage entre les commandes et la perception des honoraires Blessé dans son orgueil, il a été incapable de faire face aux difficultés, fuyant ses responsabilités et masquant la vérité à ses proches. » Dénonçant « l’acte odieux » d’un homme « à côté de la réalité », Jacques Raybaud estime qu’il mérite une sanction. Le pardon de sa victime n’y change rien. Tenant compte d’un « contexte particulier », il avait requis une peine de cinq ans dont une partie assortie d’un sursis mise à l’épreuve.

« Ces deux-là s’aiment »
« Dans ce dossier, le crime est moins important que l’amour », plaide à son tour la défense. Aux yeux de Maître Berton, son client n’est pas un criminel. « Un assassin, il s’organise, il n’hésite pas. Le geste de Jean-Claude Godrie n’était pas prémédité. C’était celui d’un homme au bout du rouleau qui n’a pas trouvé d’autre solution », explique le pénaliste en rappelant que l’accusé était atteint d’un trouble psychique ayant altéré son discernement lors du passage à l’acte. « L’amour est plus beau que le crime. Oui, il y a eu ce geste, je ne peux pas plaider l’innocence, cela n’aurait pas de sens. Ces deux-là s’aiment. Leur désir mon désir, est de les voir quitter cette salle main dans la main. Ce n’est pas une injustice », conclut Maître Berton. Les jurés ont permis au couple de repartir ensemble. Libre et soulagé.