Procès du triple meurtre de Moncheaux : « J'ai tiré sur mes enfants et mon mari »
Ecrit par ANNE-GAÃ?LLE DUBOIS
La cour d'appel de Saint-Omer juge en appel, depuis hier, Anne Follin née Duclercq. Le 23 avril 2001 à Moncheaux, entre Seclin et Douai, trois corps étaient découverts dans leur lit : Alain Follin, Guillaume et Aline. Morts d'une balle dans la tempe. En première instance, à Douai, Anne Follin avait écopé de vingt-cinq ans. Hier, elle a réitéré ses aveux, mais veut s'expliquer.
« Les faits, je les ai reconnus et je les maintiendrai toute ma vie. C'est moi qui ai tué mes enfants et mon mari. Si j'ai fait appel c'est que j'ai besoin de vous expliquer pourquoi on en est arrivé là .» Ce sont les premiers mots qu'Anne Follin a prononcés hier, devant la cour d'assise de Saint-Omer, qui la juge en appel pour le triple meurtre de Moncheaux, en avril 2001. Anne Follin sanglote. « J'ai besoin d'aide, besoin qu'on me tende la main. Si je suis devant vous c'est que je n'ai pas pu attraper cette main. » Le 23 avril 2001, personne n'a pu sauver la famille Follin. Il est environ 7h15 ce lundi matin. Les pompiers locaux reçoivent l'appel d'une femme en détresse, qui parle de coups de feu dans sa maison. Dans cette jolie maison de Moncheaux, village de 1300 habitants entre Seclin et Douai, les pompiers trouvent dans l'entrée, alors que la vitre de la porte est brisée, Anne Follin, alors âgée de 37 ans, nue et blessée gravement.
Un couple sans histoires !
A l'étage, le père, Alain Follin, 47 ans ; Guillaume, 10 ans ; et Aline, 7 ans, les enfants les enfants du couple, sont tous les trois morts. Allongés dans leurs lits respectifs, ils ont vraisemblablement été tués dans leur sommeil. Tous trois victimes d'une balle dans la tempe, tirée à « bout touchant appuyé », a indiqué hier le médecin légiste, Nathalie Noulé. « La mort a été quasi immédiate ». Anne Follin, elle, y échappe. Malgré sept coups de couteau de cuisine qu'elle a reconnu plus tard s'être donnés. La mère a avoué qu'au procès en première instance avoir tiré sur ses deux enfants. Pendant quatre ans, elle avait accusé son mari, dépressif, d'avoir abattu ses enfants ; elle l'aurait tué ensuite. On sait aujourd'hui que c'est faux. Pourtant comment comprendre ce geste dans une famille « sans histoire » ?
Plusieurs voisins proches sont venus hier à la barre, dire que les Follin, locataires de cette maison depuis 1999, formaient « un couple normal ». Alors, oui, « Alain était dépressif. Il était en arrêt de travail après un accident et ne voulait pas y retourner, mais il ne m'a jamais confié de problèmes familiaux », explique la voisine.
Et Anne ? Elle était « gaie, vivante, elle avait toujours envie de rire ». Et puis, la retraitée a ces mots touchants quand on connaît l'issue tragique : « Anne c'était une maman. »
« Quand on est une maman, on a du mal à croire qu'une autre mère pourrait enlever la vie de ses enfants.»
Une maman qui a tiré sur ses enfants. Pour enrayer une fuite en avant ? Anne Follin avait en effet détourné de l'argent chez deux employeurs. Elle devait comparaître le lendemain du drame au tribunal d'Amiens pour ces faits.
« Elle les a peut-être tués par amour se risque la voisine. J'ai l'impression qu'elle ne voulait pas les laisser seuls et qu'ils voulaient se supprimer tous les quatre pour arrêter les problèmes. »
Une autre, émue, confie : « Je ne peux pas les imaginer faire du mal aux enfants. J'ai beaucoup de mal à comprendre. Quand on est une mère, on a du mal à croire qu'une autre mère pourrait enlever la vie de ses enfants. C'est sûr, quelque chose a disjoncté. » Les jurés ont jusqu'à vendredi pour comprendre l'incompréhensible.