« J'ai besoin de m'expliquer »
Ecrit par Florence Traullé
Lors de son premier procès, Anne Follin, accusée du meurtre de ses deux enfants et de celui de son mari à Moncheaux en avril 2001, avait avoué après avoir nié pendant toute l'instruction. Elle est rejugée à Saint-Omer.
« J'ai fait appel parce que j'ai besoin de m'expliquer. J'ai besoin de parler. Besoin de dire à mes proches que j'ai besoin d'eux. J'ai mal. Je vais très mal. » Anne Follin s'accroche à son micro comme à une bouée de sauvetage. Les yeux gonflés par les larmes, les épaules affaissées, cette femme de 42 ans semble au bord de la rupture. Le 23 avril 2001, elle a tué ses deux enfants, Guillaume 10ans et Aline 7 ans, ainsi que son mari Alain d'une balle en pleine tête. Puis, elle s'est poignardée à plusieurs reprises après avoir alerté les pompiers en déclarant avoir entendu des coups de feu chez elle.
Sa voisine ne comprend toujours pas. Ce jour terrible c'était un lundi. Le samedi, il y avait eu un repas dans ce quartier de Moncheaux où les Follin habitaient depuis un peu moins d'un an. « Ils avaient l'air euphoriques, plus gais que d'habitude », se souvient Marguerite. Et le dimanche « Ils ont repiqué des fleurs dans le jardin. Ils sont allés faire du vélo tout les quatre. Ils ont joué au ballon. Ils étaient heureux. Rien ne paraissait. ». Non, rien qu'elle ait remarqué. Si, tout de même, depuis longtemps Alain était dépressif. « J'étais un peu sa confidente. On s'asseyait sur le petit mur dehors et on parlait. Il me disait que ça n'allait pas ». L'avocat d'Anne Follin, M. Frank Berton, se lève. -« Elle était comment Anne Follin ? » -« C'était une maman, comme moi. Elle s'occupait de ses enfants ».
- « Mais elle les a tués ? ».
- « C'est peut-être un geste d'amour pour ne pas les laisser à la DDASS ? ».
Le lendemain de cette tuerie, Anne Follin devait comparaître devant le tribunal d'Amiens. Un e affaire de détournement de fonds au détriment de son ancien employeur. Suffisant pour basculer dans l'horreur et abattre la petite Aline qui dormait dans son lit avec son nounours préféré serré contre elle, pour mettre une balle dans la tête de Guillaume et de son mari ? Les quatre journées d'audience prévues pour ce procès permettront-elles de mieux comprendre le geste de cette femme ? Pour l'instant, Anne Follin, recroquevillée dans le box, subit l'éprouvante audition de la médecin légiste qui est intervenue dans la maison de Moncheaux et qui, ensuite, a autopsié les trois cadavres.
« J'ai besoin d'aide»
Elle vient juste de commencer qu'Anne Follin craque, se lève brusquement, puis s'affale dans le box. Suspension d'audience. Il faut bien reprendre pourtant, entendre l'insoutenable. La description des cerveaux réduits en « bouillie », les traces de l'arme sur les tempes des victimes, les détails les plus crus. Il faudra aussi qu'Anne Follin s'explique, elle qui dit avoir fait appel de sa condamnation à 25 ans, justement pour cela. Lors de son premier procès à Douai, il y a un an, elle avait avoué dés l'ouverture de l'audience alors que, pendant les quatre années de l'instruction, elle avait toujours nié. Ses versions ont varié. D'abord, elle a accusé son mari Alain d'avoir tué les enfants et de s'être suicidé. Ensuite, de lui avoir demandé de le tuer après avoir massacré GuILLAUME ET Aline. Grièvement blessée par les coups de couteau qu'elle s'est portée, Anne Follin sera opérée en urgence puis hospitalisée en psychiatrie pendant quelques semaines. A l'époque, elle n'est pas suspectée. Cela viendra après, quand les rapports des experts viendront contredire ses déclarations. Non, Alain Follin, droitier, n'a pas pu se tirer une balle dans la tête de sa main gauche. Non encore, l'emplacement où les douilles furent retrouvées ne pouvait correspondre avec les descriptions d'Anne Follin. Impossible. àa ne tient pas. En psychiatrie, elle rencontre un homme, lui propose de faire sa vie avec lui et de « fonder une famille ». Quelques semaines après le massacre de la sienne. Blonde, les cheveux courts, veste noire sur chemise blanche, elle parle à mots hachés, s'enfouit le visage dans les mains, sanglote. Le président Pinarel ne cache pas son agacement quand il lui faut suspendre l'audience le temps qu'elle se reprenne. « On ne pourra pas faire de poses tout le temps ! ». Résonne alors dans la salle ses premiers mots : « J'ai besoin d'aide. J'ai besoin qu'on me tende la main ».