Sarkozy maintient l'Année du Mexique mais la dédie à Florence Cassez
Ecrit par AFP
«Nous ne laisserons pas 60 ans de plus cette jeune femme dans une prison», a affirmé Nicolas Sarkozy, ce soir, après avoir reçu les parents de Florence Cassez, la nordiste condamnée à 60 ans de prison au Mexique pour enlèvements. Il a également annoncé sa décision de maintenir l'Année du Mexique en France, mais de la dédier à Florence Cassez.
« Le peuple de France est ami avec le peuple du Mexique » et « nous faisons la différence entre le peuple mexicain et certains de ses dirigeants », a affirmé le chef de l'Etat, après l'issue de cette rencontre avec la famille de Florence Cassez à laquelle ont également assisté Thierry Lazaro, député maire (UMP) de Phalepin, et Me Frank Berton, l'avocat de la jeune femme.
« Supprimer l'année du Mexique en France serait faire offense au peuple mexicain »
Selon Nicolas Sarkozy, « supprimer l'année du Mexique en France serait faire offense au peuple mexicain » et serait « inapproprié ». « Je demande le maintien de l'année du Mexique en France » et « la dédie à Florence Cassez », a-t-il déclaré. Le président a également affirmé qu'il demandait aux autorités mexicaines de « veiller à la sécurité » de la jeune femme. Nicolas Sarkozy, qui était entouré des parents de Florence Cassez, qu'il recevait pour la dixième fois, et de la ministre des Affaires étrangères Michèle Alliot-Marie, a indiqué qu'il venait de « s'entretenir longuement au téléphone » avec la jeune prisonnière. Il a ajouté que c'était avec son « accord » et celui de ses parents qu'il « a pris ses décisions ».
Avant la rencontre, des proches du président Sarkozy avaient affirmé que celui-ci juge l'affaire « très compliquée » et a promis de faire son maximum pour rapatrier Florence Cassez dans une prison française, s'entretient « régulièrement » au téléphone avec elle, « une fois toutes les trois ou quatre semaines », ainsi que son épouse Carla Bruni-Sarkozy.
Un dossier au coeur d'une polémique diplomatique
Cette affaire brouille depuis des mois les relations franco-mexicaines. Elle avait en partie monopolisé la visite du président Sarkozy au Mexique, en mars 2009, au grand dam de la presse locale et d'une population dont les nerfs sont mis à vif par le fléau des enlèvements - quelque 8.000 par an - suivis de demandes de rançons et très souvent d'assassinats.
Les relations entre les deux pays se sont encore dégradées, après le rejet, jeudi, par la justice mexicaine, du pourvoi en cassation de la jeune Française, avec convocation dans les capitales respectives des ambassadeurs des deux pays.
Multiples réactions politiques
La ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, a dénoncé un « déni de justice », affirmant qu'elle ne participerait pas à l'année du Mexique en France, où devrait être organisée tout au long de 2011 expositions, événements culturels, scientifiques et économiques. Charlotte Cassez, la mère de Florence Cassez, a réclamé vendredi au président Nicolas Sarkozy l'annulation de ces festivités.
Le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, a déclaré de son côté attendre l'issue de l'entretien dans la soirée entre le président et les parents de la jeune femme pour se prononcer. « L'inquiétude » du gouvernement a également été relayée par son porte-parole François Baroin, qui a parlé d'un « point de crispation » entre Paris et Mexico.
Les socialistes ont également manifesté leur inquiétude, par la voix de leur patronne Martine Aubry. La maire de Lille a appelé vendredi les collectivités locales socialistes à boycotter l'année du Mexique et a d'ores et déjà annulé une exposition d'estampes mexicaines dans sa ville. Attention à « ne pas sur-dimensionner » cette affaire, a prévenu la chef de la diplomatie mexicaine, Patricia Espinoza.
François Bayrou, président du MoDem, a mis en garde contre des « propos contreproductifs si on veut améliorer le sort de Florence Cassez ». Pour le président Sarkozy, l'affaire est encore compliquée par le fait que le Mexique doit prendre l'an prochain la succession de la France à la présidence du G20, et qu'en attendant, tout à sa volonté de réformer le système monétaire international, il a confié une mission à Mexico sur ce sujet. Il doit donc soigneusement peser le pour et le contre avant de voir s'agrandir le fossé entre son pays et le Mexique.
Contrairement à sa mère, Florence Cassez a confié à l'AFP depuis sa prison pour femmes à Tapepan, au sud de Mexico, qu'elle n'était pas favorable à ce boycott, préférant au contraire qu'« on en profite » pour parler de sa cause. « Le pire qui pourrait m'arriver, c'est l'oubli », a-t-elle dit.