Rejet à Mexico du pourvoi en cassation de Florence Cassez

Ecrit par Reuters

La justice mexicaine a rejeté jeudi le pourvoi en cassation de la Française Florence Cassez, emprisonnée au Mexique depuis plus de cinq ans, une décision qui selon la France pèsera sur les relations entre les deux pays. Condamnée à 60 ans de prison en mars 2009 pour complicité d'enlèvements et de séquestrations qu'elle a toujours niés, Florence Cassez s'était pourvue en cassation en août dernier.



"La justice ne revient pas sur la peine définitive prononcée contre Florence Cassez", peut-on lire dans un communiqué de la cour fédérale mexicaine.

L'"amparo" - pourvoi en cassation - est la dernière voie de recours au Mexique et cette action en justice était présentée comme celle de la dernière chance pour Florence Cassez, 36 ans.

La décision de la justice mexicaine a suscité une vive réaction de la ministre française des Affaires étrangères. "C'est un déni de justice", a dit dans un communiqué Michèle Alliot-Marie. "Cette décision est déplorable." "Cette décision va peser sur nos relations bilatérales", a-t-elle ajouté en précisant que le gouvernement français allait "explorer toutes les voies de droit à sa disposition, sur le plan national et international, pour accompagner les actions que Florence Cassez décidera d'entreprendre".

Nicolas Sarkozy, qui a plaidé en vain auprès du président mexicain, Felipe Calderon, pour que la jeune femme soit extradée en France, recevra ses parents lundi prochain, a annoncé l'avocat de ces derniers. En octobre dernier, le président français s'était dit convaincu de la solidité des arguments de la défense et confiant dans l'issue positive de l'affaire.

Depuis son arrestation, la jeune femme, soutenue par l'avocat lillois Franck Berton, n'a cessé de clamer son innocence. Me Berton a fait part de sa "colère énorme" à l'annonce de la décision.

"Mon sentiment est un mélange de stupéfaction, colère et indignation. C'est une décision politique, pas judiciaire", a-t-il dit à la presse à Lille. "Florence est un symbole désormais. Il n'y a pas pire pour un pays que de condamner une innocente en sachant qu'elle est innocente", a-t-il ajouté.

La défense de Florence Cassez au Mexique a indiqué qu'elle pourrait saisir la Cour interaméricaine des droits de l'homme, au Costa Rica.

Le comité de soutien de Florence Cassez parle de son côté d'une "décision politique", synonyme, pour sa famille, de "véritable horreur".

"Cette décision est incompréhensible", estime-t-il dans un communiqué diffusé à Paris, appelant à la suspension de l'année du Mexique en France, qui vient tout juste de commencer.

Les magistrats mexicains devaient examiner les 17 arguments avancés par la défense mettant en cause la constitutionnalité de la procédure contre la Française en même temps que l'innocence de Florence Cassez.

Le dossier met notamment en évidence les failles dans l'arrestation de la jeune femme qui, retransmise à la télévision mexicaine, avait été présentée comme un fait en direct, alors qu'elle s'était produite la veille.

Les conditions dans lesquelles cette décision a été prise sont inadmissibles. Aucun des éléments fondamentaux de droit ou de fait soulevés par la défense de Florence Cassez n'a été pris en compte comme ils auraient dû l'être dans un Etat de droit", poursuit Michèle Alliot-Marie.

Cette dernière dénonce un montage policier, une violation de la présomption d'innocence, l'absence d'enquête véritable, la mise à l'écart des témoins présentés par la défense et la violation des droits consulaires par les autorités mexicaines lors de l'arrestation de Florence Cassez.

Arrivée au Mexique en août 2003 pour des vacances, Florence Cassez avait décidé de s'installer à Mexico où elle a fait la connaissance d'Israel Vallarta, présenté par la police mexicaine comme le chef d'un gang de kidnappeurs. Elle en était devenue la compagne mais assure avoir tout ignoré de ses activités.

La police a reconnu que son arrestation avait été mise en scène pour la télévision et n'avait pas eu le lieu le 9 décembre 2005, comme annoncé initialement, mais la veille - un élément qui n'est apparu ni au procès initial ni à celui en appel.

Florence Cassez a récemment obtenu au Mexique le soutien de l'Eglise catholique et d'un ancien ministre de la Justice.