Quelle date pour ce sinistre anniversaire, le 8 ou 9 ?

Ecrit par Eric Dussart

« Le 8 décembre en fin de matinée, sur la route de Cuernavaca. » Florence Cassez et son ex-compagnon Israël Vallarta n'en ont jamais démordu. Mais les policiers et les dirigeants de l'Agence fédérale d'investigation ont présenté une autre version de l'arrestation, dans leur rapport : « Le 9 décembre à 7 h 15 du matin. »



Premier problème : les images des chaînes de télévision qui retransmettent en direct indiquent 6 h 47 au début de l'assaut. Soit une demi-heure plus tôt. Interrogés par la police des polices, qui s'est saisie de l'affaire, les quatre policiers signataires du document, plus leur supérieur, invoquent « une lamentable erreur d'une heure dans la retranscription ». Aucun d'eux ne s'en était rendu compte. On remonte donc à 6 h 15.

Deuxième problème : la police ayant reconnu la mise en scène, Mes Frank Berton et Agustin Acosta détaillent, dans l'amparo(recours) rendu en août, ce qu'elle aurait dû faire pour préparer le cabanon avant l'arrivée des journalistes. Il y a donc la libération des otages, les soins donnés à Ezéquiel Elizalde qui portait un bandage propre à la tête, posé selon lui par les policiers. La préparation du décor : armes, cartes d'électeur, photos que l'on voit pêle-mêle sur les images. Il faut également réconforter les otages, dont Cristina Ríos Valladares et son fils Cristian de onze ans, puis leur demander de participer à la mise en scène. Réconfort et accord record : sur les images, la maman et le fils apparaissent calmes et détendus.

À 6 h 30, tout cela doit être terminé, puisque les journalistes arrivent sur place, comme ils en témoignent. Il faut donc quinze minutes pour tout cela.

Sans compter qu'il faut avoir amené les otages d'une autre maison, puisqu'il existe dans le dossier un témoignage rendant impossible qu'ils aient été détenus dans ce cabanon. Sans compter également que la police prétend que c'est Vallarta qui leur a indiqué cet endroit, lors de son arrestation (qui n'est donc plus sur place...) en affirmant que s'il ne donnait pas de signe de vie, ses complices abattraient les otages. Mais alors où sont les complices ? Les otages se seraient-ils gardés seuls ?

Question capitale

Dans le jugement qui condamne Florence Cassez, le tribunal reconnaît qu'il est impossible « dans le laps de temps de quinze ou trente minutes (...) que la police ait eu le temps de préparer, de manière dolosive et de mauvaise foi, le montage au détriment de la condamnée ... » Ce qui ne l'empêche pas de conclure, quelques pages plus loin : « Au vu du rapport de police, de sa confirmation et des dépositions complémentaires des agents signataires, il est possible d'établir que le 9 décembre, vers 4 h 30 (...) un agent de police a arrêté la condamnée... » Pourquoi soudain 4 h 30 ? Peut-être parce que c'est l'heure à laquelle Pablo Reinah, journaliste à Televisa, a affirmé avoir été prévenu par téléphone. Les deux jeunes gens, eux, maintiennent qu'ils ont été arrêtés la veille.

Ce problème de date est capital : tous les juristes mexicains qui se sont exprimés sur ce dossier affirment qu'il aurait dû conduire à la libération immédiate de Florence Cassez.