Me Berton : "En publiant ce livre, Florence Cassez a peur des représailles"
Ecrit par Ségolène Gros de Larquier
Dans un livre-témoignage (1), Florence Cassez - condamnée au Mexique à 60 ans de prison pour enlèvements - clame de nouveau son innocence. Son avocat, Me Franck Berton, répond aux questions du point.fr.
lepoint.fr : Pourquoi Florence Cassez a-t-elle voulu raconter son histoire ?
Me Franck Berton : Au-delà de la thérapie de l'écriture, c'est un livre-vérité. Elle raconte tout ce qu'elle a vécu depuis quatre ans dans le cadre de la procédure judiciaire. Elle revient à la fois sur le fond du dossier et sur des éléments plus personnels de sa vie. Enfin, Florence Cassez dénonce tous les mensonges qui entourent cette histoire. Aujourd'hui, on a tous les éléments du dossier. On peut donc dire qu'en effet, cette histoire est un vrai scandale : comment a-t-on pu conduire cette femme en prison et prononcer une peine de 60 ans de prison ?
Cet ouvrage révèle en détail l'implication de Nicolas Sarkozy (2) - qui se dit convaincu de l'innocence de Florence Cassez -, mais aussi du secrétaire d'État à la Sécurité, Garcia Luna, qui a supervisé son arrestation. Craignez-vous des représailles ?
C'est vrai. Cette démarche comporte des risques. Florence Cassez a peur des représailles, car son livre va être lu par les autorités mexicaines. Elle craint pour sa vie, pour sa sécurité et pour ses conditions de détention. Mais, au fond, elle se dit : "Je m'en fiche, je n'ai plus rien à perdre."
Vous gardez espoir d'obtenir sa libération ?
Je ne désespère jamais de l'humanité. Florence Cassez est innocente. Ce n'est pas ma conviction d'avocat, mais celle que je me suis forgée depuis que je la défends. Je ne peux pas imaginer qu'on va maintenir en prison une innocente. Le problème, c'est qu'il va falloir trouver une solution ! Quoi qu'il en soit, nous avons le soutien de Nicolas Sarkozy, avec qui j'ai des contacts réguliers. Je l'ai vu six fois en un an et demi. Le chef de l'État a aussi régulièrement Florence au téléphone. Un entretien téléphonique est d'ailleurs prévu entre eux jeudi soir.
Quels recours vous reste-t-il pour obtenir sa libération ?
Le président mexicain Felipe Calderon pourrait accepter de respecter la convention de Strasbourg, que son pays a signée. Cela permettrait à Florence Cassez de venir purger sa peine en France. Sur le plan juridique, nous préparons un "amparo", c'est-à-dire une saisine de la Cour suprême de Mexico, qui est un peu l'équivalent de notre Cour de cassation. Mais nous ne l'avons toujours pas déposée, car j'ai peu confiance dans la justice mexicaine.
Qu'attendez-vous de la France ?
J'envisage de saisir la justice française contre Garcia Luna pour faux en écriture. Il a fait un faux procès-verbal d'interpellation puisqu'il a inscrit que Florence Cassez a été arrêtée le 9 décembre 2005. Or elle a été arrêtée la veille et emprisonnée une journée dans une camionnette, le temps pour Garcia Luna d'organiser une fausse arrestation aux allures de show médiatique. Il y a aussi eu violation du droit international, car Florence a dû attendre deux jours pour bénéficier de ses droits consulaires. Bref, on est en droit de demander à la justice française un certain nombre d'éclaircissements à Garcia Luna. Mais avant de saisir la justice, j'attends que la traduction en français du dossier de Florence Cassez soit terminée. Cela devrait être fait dans les prochaines semaines. Par ailleurs, j'espère que la France va saisir la Cour internationale de justice. Pour en avoir parlé avec l'Élysée, je sais que cette possibilité est en cours d'examen. La France doit prendre une décision rapidement. Le Mexique est au ban des sociétés modernes en matière de justice et de police. C'est le règne du mensonge et de la corruption. Le Mexique ne respecte pas plus le droit qu'un pays totalitaire africain. Il faut que cela se sache.
(1) "À l'ombre de ma vie" ( Michel Lafon, 17 euros), en librairie à partir de jeudi.
(2) Retrouvez l'article "Affaire Cassez : Sarkozy en direct", dans Le Point nº 1951