Lueur d'espoir pour Florence Cassez, après six ans de détention au Mexique
C'est d'un pas dynamique que Florence Cassez pénètre dans l'immense parloir vétuste de la prison de Tepepan au sud de Mexico, à la veille du sixième anniversaire de son arrestation. Mais ses traits tirés laissent percevoir la fatigue nerveuse qu'elle ressent, condamnée en appel à soixante ans d'emprisonnement pour enlèvements, malgré ses dénégations. "Cette date me chamboule", confie-t-elle dans l'attente du jugement de la Cour suprême du Mexique.
Le matin du 8 décembre 2005, Florence Cassez était interpellée sur une route de la périphérie de Mexico, en compagnie de son ancien compagnon, Israel Vallarta, accusé d'être le chef d'une bande de kidnappeurs. Détenue durant plus de vingt heures dans un fourgon de la police, cette jolie trentenaire était présentée le lendemain devant les caméras de télévision pour un simulacre d'arrestation "en direct". "A ce montage, reconnu depuis par les autorités s'ajoutent les violations de mes droits consulaires et de ma présomption d'innocence, mais aussi les contradictions dans les déclarations des témoins", dénonce la détenue, âgée aujourd'hui de 37 ans. Malgré deux procès, ces irrégularités n'ont pas convaincu les juges.
Son ultime recours au Mexique, la Française l'a déposé en mars auprès de la Cour suprême, équivalent du Conseil constitutionnel français. Depuis, la plus haute instance judiciaire du pays examine la constitutionnalité de sa sentence sans date limite pour confirmer ou invalider la peine. "Les prises de position en ma faveur me redonnent du baume au cœur", confie Florence Cassez. Trois revues mexicaines, dont Nexos (gauche indépendante), ont publié récemment des enquêtes pointant du doigt les incohérences du dossier. En outre, dans son livre, "El pais de uno" (Le pays qui est le nôtre), l'universitaire et éditorialiste de renom Denise Dresser écrit : "Dans toute démocratie digne de ce nom, ce procès mal géré aurait eu pour conséquence sa libération automatique."
LA COUR SUPRÊME NE DEVRAIT TRANCHER QU'APRÈS LA PRÉSIDENTIELLE
Le contexte semble aussi plus propice : "L'impact négatif de la crise diplomatique avec le gouvernement français, ayant entraîné l'annulation de l'Année du Mexique en France, commence à retomber dans l'opinion publique mexicaine", souligne Virgilio Bravo, politologue à l'institut technologique de Monterrey.
Sans compter le soutien de représentants de l'influent clergé catholique. Mi-novembre, la presse s'est faite l'écho d'un rapport élaboré par l'Eglise mexicaine, qui conclut à l'"absolue innocence" de la condamnée, dont le contenu a été transmis à la Cour suprême. "Les preuves ont été falsifiées par le gouvernement pour l'incriminer", a déclaré l'avocat et prêtre Pedro Arellano, qui a mené cette enquête avec 27 experts.
Cependant, le 28 novembre, le père Arellano a été démis de ses fonctions de secrétaire adjoint de la pastorale sociale de la conférence de l'épiscopat mexicain, tout en restant à la tête de sa commission pénitentaire. "Une sanction liée aux pressions du gouvernement sur la hiérarchie ecclésiastique, selon M. Bravo. L'affaire met en cause l'actuel ministre de la sécurité publique, Genaro Garcia Luna, qui était le chef de la police lors de l'arrestation de la Française. La Cour suprême ne devrait donc prendre sa décision qu'après l'élection présidentielle de juillet 2012. Seule l'alternance permettrait sa sortie de prison."
Echaudée, Florence Cassez se refuse pourtant à espérer, tout en secouant l'abondante chevelure châtain clair qui lui arrive jusqu'aux reins : "Je les couperai à ma libération."