Les parents Cassez reçus ce soir à l'Élysée dans une ambiance de crise

Ecrit par Eric Dussart

C'est presque la dixième fois que Nicolas Sarkozy recevra l'entourage de Florence Cassez, ce soir, mais ce n'est pas la moins importante. Puisqu'il n'existe plus aucune voie de recours juridique, que la jeune femme est définitivement condamnée à soixante ans de prison, ses proches attendent d'autant plus fébrilement ce que pourra bien leur dire le président.



Hier soir, à la sortie d'une réunion à l'Élysée, entre Nicolas Sarkozy, Michèle Alliot-Marie et Frédéric Mitterrand, François Baroin, porte-parole du gouvernement, a annoncé qu'à l'occasion de cette rencontre, « il exprimera la position officielle sur le pourquoi, le comment et le jusqu'où » de ce qu'il faut bien appeler une crise diplomatique.

Vendredi matin, en disant qu'il lui était « inconcevable, en tant que parent de fêter le Mexique », Charlotte Cassez ne s'imaginait peut-être pas qu'elle déclenchait un tel mouvement de diplomates et de politiques, avec convocations des ambassadeurs de chaque côté et communiqués ministériels.

Annuler l'Année du Mexique en France ? Charlotte Cassez sait parfaitement que ce n'est pas ce qui fera sortir sa fille de prison, mais elle y voit une manifestation de sa colère, une manière d'exprimer le terrible sentiment d'injustice qui la mine. Une réaction dictée par l'émotion d'une mère, reprise ensuite par un tas de gens qui ont dû s'étonner de lire, hier matin, les mots de Florence elle-même à ce propos : « Je souhaiterais qu'on parle de l'année du Mexique en France pour parler de ma cause, qu'on affiche mes photos, qu'on discute de mon cas à chaque événement ».

De la diplomatie...

« Il faut la comprendre, explique Frank Berton. Elle est terrorisée à l'idée d'être transférée dans une prison de haute sécurité. Elle a déjà connu pendant plusieurs mois l'enfer du pénitencier de Santa Marta, et on parle même d'une île prison, très célèbre en Amérique, où elle pourrait être transférée. Dans ce cas, elle craint pour sa vie, tout simplement... » Hier après-midi, elle l'a dit au téléphone à son avocat : « Ne me demandez pas de prendre position à ce sujet... » Dont acte. Mais il y aura un autre sujet de conversation entre Me Berton et Nicolas Sarkozy, ce soir.

« La France, en moins d'un an, a prêté un demi-milliard d'euros au Mexique pour l'aider à lutter contre les effets du réchauffement climatique. Franchement, au vu des déclarations antérieures du président, je m'en étonne. C'est le respect de nos engagements, de la coopération bilatérale, mais en retour, ce pays ne respecte pas les droits de l'homme, a bafoué les droits consulaires de l'une de nos compatriotes, a renié sa signature d'une convention internationale sur le transfèrement des personnes condamnées. »

Un étonnement relayé par certains politiques, dont Thierry Lazaro, premier soutien de la famille, qui a écrit hier un communiqué très offensif. Les chemins de la diplomatie sont sinueux, on le sait bien, mais il ne reste plus que ceux-là pour donner encore un maigre espoir à Florence Cassez, qui continue de clamer son innocence. Ce soir, elle téléphonera au président.

Demain une question sera posée au gouvernement à l'Assemblée, afin de relayer son message : « Le plus terrible pour moi, ce serait l'oubli . »

LAGARDE ENTEND ÉVOQUER LE SORT DE FLORENCE CASSEZ LORS DU G20 CETTE SEMAINE

La ministre de l'Economie, Christine Lagarde, a indiqué lundi qu'elle avait «évidemment» l'intention de saisir l'occasion d'une réunion ministérielle du G20, en fin de semaine à Paris, pour évoquer le sort de la Française Florence Cassez avec la délégation mexicaine. «Florence Cassez elle-même a demandé que l'année du Mexique en France soit l'occasion de parler de sa situation et d'évoquer la difficulté dans laquelle elle se trouve», a observé Mme Lagarde lors d'une conférence de presse à Paris. «Donc, a fortiori, un groupe de travail portant sur le système monétaire international (co-présidé par le Mexique au sein du G20, NDLR) est évidemment une occasion de pouvoir évoquer ces questions-là avec nos homologues», a-t-elle enchaîné.