Les oeuvres de Florence Cassez à Malo : « Demain, cela fera 2 006 jours qu'elle est emprisonnée »
À partir de demain et jusqu'à vendredi, à la mairie de Malo, Charlotte et Bernard Cassez présentent les oeuvres de leur fille Florence. Des tableaux qu'elle a réalisés dans sa prison mexicaine.
Bernard Cassez, pourquoi présenter cette exposition à Dunkerque ?
« Nous sommes arrivés à Dunkerque voilà quatre ans. Nous restons discrets, mais les gens commencent à nous connaître. Nous passons beaucoup dans les médias, ce qui n'est pas notre tasse de thé, mais c'est incontournable. Beaucoup de gens nous font des signes, n'osent pas forcément nous aborder. Certains nous demandent des nouvelles. »
En quoi cette exposition est-elle importante ?
« Cette exposition, comme toutes les manifestations, quelle que soit leur taille, sont importantes car il ne faut pas qu'on oublie Florence. Boulogne-sur-Mer, Béthune, Lens, Beuvry, Strasbourg, plein de municipalités se mobilisent. En Belgique aussi, des manifestations ont eu lieu à Mons, Chimay. Nous avons des comités de soutien en France, en Belgique, au Canada. Ça commence aussi à bouger en Irlande. Les députés européens se sont manifestés et risquent de se manifester encore. »
Comment faites-vous pour récupérer les peintures de Florence ? Comment fait-elle pour se procurer le matériel pour peindre ?
« Elle arrive à se fournir là-bas. Et des gens lui envoient du matériel. On peut lui expédier des colis. Si ce n'est la question de la taille et du poids, ils lui parviennent. Pour les tableaux, on a la chance d'avoir des gens, principalement d'Air France, qui font les transferts. Pour cette exposition, déjà présentée à Paris et Lambersart, nous avons cinq tableaux en plus, soit une cinquantaine en tout. Les quatre derniers ont été ramenés par un pilote d'Air France qui, s'il a un ou deux jours de repos, va rendre visite à Florence. Une hôtesse de l'air, qui rentre aujourd'hui (NDLR : vendredi) est aussi allée la voir. Une petite cousine part vendredi au Mexique pour une dizaine de jours. »
Florence est-elle facilement accessible au centre de détention ?
« Ce n'est pas simple. Cela demande du temps car la prison est excentrée de Mexico. Mais contrairement à la France, les conditions de visite sont d'une souplesse étonnante : quatre jours par semaine, on peut passer la journée avec elle. »
Peignait-elle déjà avant sa détention ? Qu'est-ce que cela lui apporte ?
« Vers 17 ans, elle a dû suivre quelques cours aux Beaux-Arts, mais ce ne furent que deux ou trois passages. En 2006, à la prison de Tetepan, elle a participé à un concours. Une de ses peintures a été exposée pour la première fois. Puis plus rien jusque fin 2009, début 2010, quand elle s'est inscrite aux cours de peinture et de dessin du centre de réadaptation sociale. Cela l'occupe. Et lui permet d'exprimer ce qu'elle ressent. C'est toujours sur l'injustice, l'enfermement, et un espoir de s'en sortir. »
Justement, la visite en France du président du Sénat mexicain, la semaine dernière, représente-t-elle un espoir ?
« La semaine dernière, pas mal de choses se sont passées. Le président du Sénat mexicain a rencontré son homologue Gérard Larcher et le ministre des Affaires étrangères. La ministre des Affaires étrangères mexicaine a aussi rencontré Alain Juppé. Il semblerait que les Mexicains veuillent décongeler les relations entre les deux pays, qu'il y ait une volonté de renouer. Jeudi, Florence a reçu la visite de quelques députés mexicains. La campagne électorale démarre là-bas et différents partis politiques se manifestent en faveur de Florence. On espère qu'ils voudront se débarrasser du problème avant les élections. Suite à un nouveau recours, la Cour suprême s'est déclarée compétente pour étudier le dossier. Il pourrait en sortir quelque chose... »
Vous avez le sentiment que les choses bougent ?
« Nous restons prudents, car nous avons accumulé les déceptions. On y croit quand même, on y croit toujours. Il faut qu'elle rentre. Demain, jour du vernissage de l'exposition, cela fera 2 006 jours que Florence est emprisonnée. Cela fait beaucoup d'heures, tout ça... Ce n'est plus un problème juridique. Elle est un otage politique. Elle n'a rien à faire là-bas. Elle est innocente. Il faut qu'elle sorte. » •