Les députés embarrassés par la diplomatie du «coup de menton»

Ecrit par Alain Auffray

Les parlementaires, prudents, soutiennent très timidement l’Elysée.



Malaise à l’Assemblée nationale. Quand le député UMP Thierry Lazaro s’est lancé dans un violent réquisitoire contre la justice et le pouvoir mexicain, les parlementaires ont cessé d’applaudir. De droite comme de gauche, ils sont très majoritairement convaincus que Florence Cassez n’a pas eu droit à un procès équitable. Pour autant, ils ne sont pas tous prêts à proclamer en séance publique que «l’innocente Florence» est victime d’un ministre menteur et manipulateur qui, foi de député français, «ne restera pas impuni».

Théâtral. Fidèle à la ligne dictée par le chef de l’Etat, Bernard Accoyer, président de l’Assemblée nationale, avait choisi de manifester de manière théâtrale sa solidarité. Pour la séance de questions au gouvernement, les parents de Florence Cassez avaient été installés au milieu de l’hémicycle, à la tribune d’honneur. Sous les applaudissements, ils ont entendu la ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, promettre que le gouvernement «n’abandonnera pas» la prisonnière et «continuera à demander son transfèrement en France». Après la séance, les députés étaient invités à se rassembler sur les marches du Palais Bourbon pour poser devant les photographes avec les époux Cassez.

Certains élus, pourtant, ne cachaient pas leur trouble. «Les Français s’inquiètent de l’emploi, de la sécurité, pas de l’affaire Florence Cassez. Je suis sûre qu’ils regrettent la détérioration des relations diplomatiques avec le Mexique. Ce n’est pas parce que l’on est Français et à l’étranger que l’on est forcément innocent», confiait la députée UMP Chantal Brunel, tout en reconnaissant ne pas connaître «le dossier».

«Erreurs». Beaucoup regrettaient «l’arrogance», les «oukases» et les «coups de mentons» qui tiennent lieu de diplomatie. «J’espère que Florence Cassez n’aura pas trop à payer les erreurs qui ont été commises», confiait Claude Bartolone. Plus sévère encore, le villepiniste Jean-Pierre Grand constatait que «la politique étrangère de la France est tombée bien bas», huit ans jour pour jour après le discours de Villepin aux Nations unies. Christian Vanneste, lui, évoquait les riches heures du gaullisme : «Comment pouvons-nous faire ainsi la leçon au Mexique ? On est hélas, bien loin du célèbre "marchamos la mano en la mano"», lâchait le député, nostalgique de ce jour de 1964 ou De Gaulle était ovationné, à Mexico, par plus de 300 000 personnes.