La Cour suprême, dernier recours pour Florence Cassez
Les avocats ont relevé six violations de la Constitution dans le dernier jugement. Ils en appellent à la plus haute instance mexicaine avant de se tourner vers l'international.
Coupable. C'est la décision qu'ont prise les juges mexicains le mois dernier quand ils ont confirmé, en cassation, la condamnation à soixante ans de prison de Florence Cassez. Une décision qui, en principe, est définitive. Mais les avocats de la jeune femme, accusée de trois enlèvements, ont relevé six violations de la Constitution dans ce jugement de 1 500 pages rédigé par les magistrats.
Une nouvelle fois, la défense de la jeune femme dénonce le montage réalisé par la police fédérale lors de l'arrestation en décembre 2005. Florence Cassez a été détenue le 8 décembre, maintenue 24 heures dans une camionnette, avant d'être exhibée à la presse lors d'une opération policière prétendument en direct. Elle a alors été présentée aux téléspectateurs comme une dangereuse criminelle surprise en flagrant délit. « Il s'agit d'une violation, en direct, de sa présomption d'innocence, explique l'avocat mexicain Agustin Acosta. C'est aussi une violation de l'article 21 qui prévoit que la police agisse avec professionnalisme et honnêteté. » Sans compter que Florence Cassez aurait dû être présentée immédiatement devant le ministère public et que le consulat aurait dû être prévenu.
Sur le fond, la défense estime que les juges auraient dû annuler certains témoignages obtenus sous la torture. Elle fait ici référence à la première déclaration de l'ex-ami de Florence Cassez, Israel Vallarta. Dans cette déclaration, ce dernier affirme que la Française n'est pas impliquée mais il y fait aussi des aveux quant à sa propre culpabilité. Il explique comment il a commencé son activité criminelle, qui sont les membres de la bande.
Surtout, il « reconnaît » qu'il y a effectivement eu trois victimes dans la maison où ils vivaient. Une déclaration qui induit la question : comment ne se serait-elle pas rendu compte que son ami était un criminel et qu'il y avait des victimes dans la maison où elle vivait ? Et qui la charge donc indirectement. Le plus paradoxal, c'est qu'il est probable que cette déclaration ne soit pas utilisée contre Israel Vallarta. Une expertise médicale, qui décrit des marques de coups et des marques de brûlures sur les parties génitales, atteste qu'elle a été rendue sous la torture.
Épuiser tous les recours
De manière plus globale, la défense de Florence Cassez reproche aux juges de ne pas avoir répondu aux griefs exposés dans le pourvoi en cassation. Florence Cassez devrait savoir d'ici un mois si la Cour suprême accepte de s'occuper de son cas. Il faudra ensuite environ un an pour connaître les décisions de la plus haute instance judiciaire. L'idée est d'épuiser tous les recours existants devant la justice mexicaine avant de se présenter devant les instances internationales.
L'ancien ministre de la Justice mexicain, Ignacio Morales Lechuga, estime que « ce chemin judiciaire est difficile. Ça me paraît d'autant plus compliqué que l'élection présidentielle de 2012 (au Mexique, NDLR) approche ». Or, l'hebdomadaire « Proceso » a récemment révélé que la présidence aurait exercé des pressions sur les juges de Florence Cassez pour qu'ils confirment sa sentence. « Mais nous allons avoir un changement de gouvernement et donc un changement de politique en matières criminelle, de sécurité et diplomatique. » Pour Ignacio Morales Lechuga, la solution sera certainement politique et elle apparaîtra en 2012.