L'Année du Mexique aura duré un mois et 5 jours
Le gouvernement français a officiellement enterré, mardi 8 mars, l'Année du Mexique en France. Plus de 350 évènements étaient prévus. Le point sur ce "gâchis".
Chronologie d'un fiasco
Mars 2009. En visite officielle au Mexique, le président Nicolas Sarkozy propose à son homologue Felipe Calderon de promouvoir les relations entre les deux pays via la création pour 2011 de «l'Année du Mexique en France ». Objectif: favoriser la coopération dans les secteurs économique, culturel, touristique, éducatif, scientifique et technologique, mais aussi de la santé, et du développement durable.
Septembre 2010. Une déclaration est souscrite par les deux pays. L'Institut Français est l'opérateur de la manifestation de ce côté de l'Atlantique. Le successeur de Culture France travaille en collaboration avec ProMexico, l'agence mexicaine chargée du projet. Ensemble, ils élaborent une programmation, prévoient les aspects logistiques et financiers.
Le 3 février 2011, après deux ans de travail, l'année du Mexique est officiellement inaugurée.
Ce lancement intervient dans un contexte diplomatique envenimé depuis plusieurs années par l'affaire Florence Cassez, cette ressortissante française interpellée en 2005 pour enlèvements et possession d'armes et condamnée à 60 ans de prison en 2009 par la justice mexicaine. Nicolas Sarkozy assure son soutien à la jeune femme qui clame son innocence. Un recours en cassation est déposé en août 2010.
Le 10 février 2011, la condamnation de Florence Cassez est confirmée.
Le 14 février, le président de la République décide unilatéralement de dédier l'année du Mexique à Florence Cassez.
Réaction du Mexique: le 5 mars, le ministère des Affaires étrangères mexicain réaffirme que les conditions pour mener à bien la manifestation, telles que négociées entre les deux parties, ne sont pas réunies. "La france a violé le pacte culturel" titre le quotidien mexicain l'Universal, au lendemain de la décision sarkozienne.
Un peu plus d'un mois avant le lancement de l'Année du Mexique, le 8 mars, le gouvernement français se prononce à son tour pour enterrer définitivement la manifestation. L "Année du Mexique" disparaît officiellement. Elle aura duré seulement un mois et cinq jours. Plutôt court.
Les manifestations tuées dans l'oeuf
Certains organisateurs n'ont pas attendu le couperet officiel du 8 mars pour jeter l'éponge. C'est le cas de Marc Restellini, directeur de la Pinacothèque. En refusant le prêt d'oeuvres à l'exposition Les Masques de jade mayas, les autorités mexicaines ont directement provoqué l'annnulation de l'événement, dès le 22 février.
Dans la lignée des annulations totales, l'exposition Mexique: les cultures antiques de Véracruz programmée pour le 18 février à Lyon, n'a jamais ouvert ses portes. Celle consacrée à Diego Rivera, de Mexico au Paris des cubistes, qui devait se tenir du 10 mars au 5 juin à Bordeaux, et qui reposait en totalité sur des prêts d'institutions mexicaines, a également été annulée.
D'autres organisateurs français, refusant de rester dans l'expectative, ont décidé de refuser le label "Année du Mexique" et la programmation qui y était liée. Au festival Rio Loco de Toulouse, sur plus de 200 artistes mexicains prévus, "environ un quart" seulement ont été maintenu. Un "énorme gâchis", regrette son directeur Hervé Bordier. Une nouvelle programmation sera dévoilée à la mi-avril, ouverte sur les cultures du monde... pas seulement mexicaines.