L’affaire Cassez brouille les relations franco-mexicaines

Ecrit par Cathy Ceïbe

Le Mexique se retire des festivités prévues en son honneur en France après la décision de Sarkozy de dédier les 
manifestations à la jeune Française, emprisonnée au sud de Mexico. Un échec de la diplomatie du président.



L’affaire Florence Cassez est devenue affaire d’État. Ce que craignait le plus la Française de trente-six ans, emprisonnée depuis plus de cinq ans au Mexique au terme d’une instruction à charge et cousue de fil blanc. « Je ne veux pas de l’annulation de l’Année du Mexique en France (…) Je préférerais qu’on (en) profite pour parler de mon innocence », a confié Florence Cassez au Monde daté du 15 février, avouant être « dépassée » par les événements. « Mon cas est bien plus politique que juridique. » C’était avant que les relations entre la France et le Mexique ne se tendent brutalement. La crise couvait depuis jeudi dernier, lorsque la justice mexicaine a rejeté le recours en Cassation de la défense de Florence Cassez, condamnée, pour l’exemple, à soixante ans de prison pour « complicité d’enlèvements ». Ce qu’elle a toujours nié. « Je suis consternée (…) C’est un déni de justice », s’était emportée la ministre des Affaires étrangère, Michèle Alliot-Marie, croyant peut-être rattraper là son pathétique épisode tunisien.

Une récupération politique de l’affaire

Dans la foulée, Martine Aubry a appelé les élus socialistes à boycotter les manifestations culturelles à venir. La polémique a, depuis, donné lieu à une surenchère de récupération de l’affaire. Avant le clash. « Nous faisons la différence entre le peuple mexicain et certains de ses dirigeants (…) Je demande le maintien de l’Année du Mexique en France » et « la dédie à Florence Cassez », a déclaré, lundi, Nicolas Sarkozy, à l’issue de sa dixième rencontre avec les parents de Florence. Et de demander son transfert vers la France. Une offense aux yeux des autorités mexicaines qui ont fait du cas Cassez un emblème de leur prétendue croisade contre le crime organisé. Elles ont annoncé le retrait du Mexique de « son » Année en France. Son ambassadeur à Paris, Carlos De Icaza, a évoqué, hier, une éventuelle participation mais à la condition que l’image de Florence Cassez n’y figure plus. « Nous ne l’abandonnerons pas, a tranché le chef de l’État. Pour le reste, il faut garder son sang-froid et obtenir des résultats. C’est ce à quoi je vais m’employer maintenant. » Preuve de l’inefficacité de la diplomatie de la chaise longue et du sombrero.

« Une arrogance nationale »

En mars 2009, Nicolas Sarkozy s’était rendu au Mexique, en compagnie de madame, séjournant deux jours dans une des haciendas d’un homme d’affaires controversé mais ami « politico-financier » de son homologue mexicain avec lequel il a fait fructifier, une journée durant, les relations bilatérales. À l’époque, le dénouement de l’affaire Cassez était en bonne voie, nous jurait-on, avec la création d’une commission binationale de juristes. Deux ans plus tard, démonstration est faite au détriment du sort de Florence Cassez. « Il ne faut pas confondre fierté et arrogance, a rappelé le sulfureux député UMP Christian Vanneste. Le respect dû à la légitime fierté mexicaine, (…) la prudence nécessaire pour obtenir des résultats ont cédé devant une arrogance nationale (…) La disproportion des enjeux devrait nous incliner (…) à plus de modestie. » À bon entendeur.