L'absurde virée mexicaine
Ecrit par François-Guillaume Lorrain
Fiasco.En s'aventurant au Mexique, Napoléon III provoqua un immense gâchis.
L'affaire Florence Cassez a fait resurgir de vieilles haines recuites à l'égard de l'envahisseur français. Nicolas Sarkozy n'avait pas mesuré combien pour le Mexique l'expédition française (1862-1867) est de sinistre mémoire. Napoléon III y caressait le rêve d'un Empire catholique industrialisé, d'une France capable encore de contrer les Etats-Unis, qui venaient d'annexer le Texas, la Californie, l'Oklahoma... La conjoncture est favorable : les Américains, pris par la guerre de Sécession, ont d'autres chats à fouetter. A Paris, des Mexicains conservateurs, las du régime libéral de Benito Juarez, plaident leur cause auprès de l'impératrice Eugénie, qui trouve en Napoléon III une oreille favorable. Maximilien d'Autriche sera le futur empereur. Endetté, l'Etat mexicain doit de l'argent à la France, qui se saisit de ce prétexte pour débarquer à Vera Cruz. Mais les Mexicains sont coriaces. 12 000 d'entre eux, retranchés dans le couvent de Guadalupe, infligent une défaite à la France à Puebla. Napoléon III doit expédier 26 000 hommes supplémentaires. Puebla met six mois avant de tomber, tandis que Maximilien se fait déjà des ennemis. La France conquiert une bonne partie du territoire, mais la guérilla, les embuscades font des ravages. La Légion étrangère a beau se surpasser - à Camaron, 60 légionnaires se sacrifient face à 2 000 Mexicains -, la France se perd dans un pays trop vaste. La défaite viendra cependant du contexte international. En 1865, les Etats-Unis, réchappés de la guerre de Sécession, font pression sur la France, au nom d'une doctrine Monroe qui ne tolère pas de présence européenne sur le Nouveau Monde. L'année suivante, l'Autriche, humiliée à Sadowa par la Prusse, laisse la France seule face à l'Allemagne : il n'est plus question d'éparpiller ses troupes de l'autre côté de l'océan. L'armée française bat en retraite, abandonnant l'archiduc (rebaptisé l'archidupe) Maximilien, fusillé en juin 1867. Un fiasco qui, trois ans avant la dépêche d'Ems, aurait dû ouvrir les yeux de Napoléon III sur les dangers de l'aventurisme.