Hier à Lambersart, deux heures pour aller au fond de l'affaire Florence Cassez
« Florence Cassez innocente ou coupable ? » Le titre de la conférence d'hier à Lambersart était volontairement provocateur. Mais, au Mexique, l'opinion penche toujours pour la culpabilité. Et l'opinion française a peut-être encore des doutes. Les interventions de Franck Berton, avocat de Florence Cassez, et du journaliste Éric Dussart, les ont levés. Sur l'innocence de la Nordiste, on est au-delà de l'intime conviction.
« Innocence établie ».
À force d'enquêter, Franck Berton, avocat de Florence Cassez depuis sa condamnation à 96 ans de prison, fin avril 2008, et Éric Dussart, grand reporter à La Voix du Nord, ont accumulé les preuves de l'innocence de la Nordiste et de la manipulation dont elle est victime.
Florence Cassez a été arrêtée le 8 décembre 2005 sur la route du ranch de son ami, Israël Vallarta, avec qui elle ne vivait plus. Elle venait de louer un appartement à Mexico. "Elle a été détenue une douzaine d'heures, puis placée dans le ranch, avec Vallarta et trois otages, indique Me Berton. Le 9 décembre a eu lieu la reconstitution médiatique de leur arrestation et de la libération des otages".
Florence et Israël sont présentés comme les membres d'un réseau d'enlèvements, le Zodiaque. "Les micros sont tendus aux otages. Une maman, Cristina, et son enfant, Cristian, disent qu'ils n'ont pas vu de femme. On a six dépositions de leur part où ils le disent. L'autre otage, Ezequiel, dit que Florence faisait partie du gang et qu'elle lui a piqué le doigt pour l'anesthésier. On a expertisé son doigt, c'était une tache de naissance... "
Par ailleurs, la clé de l'abri où auraient été détenus les otages était en possession d'un barman voisin....
À la période de l'enlèvement, "Israël Vallarta a enlevé une autre personne, qui décrit une maison de Xochimilco. Deux autres personnes la reconnaissent. Cette maison appartient à la soeur d'Israël, qui ressemble de façon frappante à Florence, précise son avocat. Elle n'a jamais été entendue". Ni les deux frères apparus dans la vie des dix personnes qu'aurait enlevées Vallarta. "On pourrait, si on voulait, trouver les vrais coupables" , pointe É. Dussart.
Un ministre ennemi
Après une émission de télé en direct où Genaro Garcia Luna est confondu et reconnaît que le film de l'arrestation est un montage, Cristina et Cristian chargent Florence Cassez. Comme Ezequiel, ils quittent peu après le Mexique avec un visa pour les États-Unis.
"À partir de là, Garcia Luna, qui va devenir ministre de la sécurité publique, est l'ennemi de Florence, résume Me Berton. Malgré la révélation du montage, il effectuera deux autres arrestations montées". En appel, Florence Cassez est condamnée à 60 ans de prison, on refuse son transfert en France, "alors que Nicolas Sarkozy avait eu une lettre du président Calderon qui lui assurait qu'en cas de condamnation de Florence, il n'y serait pas opposé"». Le recours à l'amparo échoue, les juges confirment les 60 ans de prison. "Le midi du jugement, Garcia Luna a mangé avec les juges, des photos ont été prises".
Elles sont parues, mais la vérité filtre peu dans les médias du pays. "Les journalistes mexicains sont menacés. En 2009, dix ont été tués" , note Éric Dussart. "Le Mexique est une république où les droits de l'homme sont bafoués" , appuie Marc-Philippe Daubresse, député maire UMP de Lambersart.
Pourquoi est-ce tombé sur Florence Cassez ?
La question a été posée par l'un des 200 auditeurs du Colysée. "Première piste : on a tenté de se venger du frère de Florence, qui vit au Mexique, celui-ci ayant déposé plainte contre l'un de ses anciens associés, énumère Franck Berton. Deuxième piste : on a voulu faire tomber Vallarta. Il peut y avoir une troisième hypothèse. Mais une fois l'arrestation médiatisée, ils ne pouvaient plus revenir en arrière" .
" À l'époque, Garcia Luna venait d'être nommé à la tête de la police spéciale pour lutter contre les cartels. Des journalistes ont écrit qu'il a du sang sur les mains. Il a évidemment du mal à obtenir des résultats. Ils ont donc fabriqué la culpabilité de Florence Cassez et peut-être celle d'Israël Vallarta. Mais c'est banal au Mexique" , observe Éric Dussart.
Que faire pour Florence ?
L'amparo n'avait pas été examiné par la plus haute instance mexicaine. Cette fois, la cour suprême a décidé de s'en emparer.
"Elle ne statuera pas avant les élections présidentielles de mars 2012, tempère Me Berton. Calderon ne pourra plus se présenter mais démissionnera en décembre 2012. Les socialistes vont sans doute gagner. Pour l'instant, reconnaître l'innocence de Florence, c'est désavouer Garcia Luna, qui a écarté les chefs des cartels pour mettre ses amis à la place".
" La question est : Florence est-elle une preneuse d'otages ? Avant février 2009, il n'y en a aucun témoignage. Le ranch avait été surveillé par la police. Il n'y aucun procès verbal sur Florence ou même Israël. Un gars dit avoir reconnu Florence, puis a avoué avoir été torturé, ça a été établi par la cour suprême mexicaine. Or Calderon se réfugie derrière ce témoignage. Nous luttons contre un système politique et judiciaire mafieux".