Grande tension entre la France et le Mexique
Ecrit par Léonore Mahieux
Pas de transfert de Florence Cassez et pas de participation à l'Année du Mexique en France si elle reste dédiée à la jeune femme. C'est la réponse du gouvernement mexicain à Nicolas Sarkozy. Cinglante..
«Le Mexique ne négociera pas son état de droit et Florence Cassez ne sera pas transférée en France. » C'est la réponse, sans concession, du gouvernement mexicain à Nicolas Sarkozy. Ce dernier annonçait, lundi, le maintien de l'Année du Mexique en France, en disant qu'« il ne faut pas confondre le peuple mexicain et certains de ses dirigeants », tout en dédiant l'événement à Florence Cassez. Il demandait aussi que la jeune femme, condamnée à soixante ans de prison pour enlèvements, soit rapatriée dans l'Hexagone.
Ils crient à l'ingérence
Mais, à la lecture du communiqué envoyé par le ministère des Affaires étrangères mexicain, on reprend pied dans la réalité mexicaine. « Florence Cassez est coupable. La sentence, définitive, a été rendue par une justice indépendante. Les conditions pour son transfert en France ne sont pas réunies. »
Outre-Atlantique, l'image de la jeune femme reste en effet celle d'une kidnappeuse. Et, dans un pays exposé à une croissance exponentielle des enlèvements ces dernières années, le sujet suscite des réactions violentes. Les associations de défense de victimes se sont réjouies de la confirmation de la sentence et ont appelé le gouvernement mexicain à « ne pas céder aux pressions de la France ». Une exigence souvent teintée d'un fort nationalisme. Résultat : il était politiquement impossible au président Felipe Calderón d'assumer une autre position.
Mais les autorités mexicaines sont allées plus loin en remettant en cause l'Année du Mexique en France. « Si la France persiste à dédier cet événement à Florence Cassez, condamnée ici pour des faits graves, le Mexique ne sera pas en mesure de participer aux manifestations. »
La porte n'est donc pas totalement fermée. Mais le Mexique montre qu'il ne cédera rien. Une inflexibilité qui surprend des deux côtés de l'Atlantique. En effet, si la plupart des médias mexicains relaient la position officielle et crient à l'ingérence, certains questionnent la légitimité de cette posture.
Premièrement, est-on sûr que Florence Cassez soit coupable ?
Des spécialistes rappellent les dysfonctionnements du système judiciaire mexicain et envisagent donc la possibilité d'une erreur judiciaire concernant la Française. Pour d'autres, coupable ou innocente, peu importe : ce qui est à l'origine de cette crise diplomatique, ce sont les conditions de l'arrestation de Florence Cassez. La police mexicaine l'a mise en scène devant les caméras de télévision. Un vice d'origine qui remet en cause toute la procédure et explique, en partie, la conviction du gouvernement français quant à l'innocence de Florence Cassez.
Rôle trouble d'un ministre
Or, le responsable de ce montage, le chef de la police de l'époque, est aujourd'hui ministre de la Sécurité publique. Le journaliste mexicain Miguel Angel Granados Chapa s'interroge : « Pourquoi le président Calderón ne se désolidarise pas de cet homme et de ces procédés ? Paris ne vaut-il pas un limogeage ? L'indulgence dont bénéficie Genaro Garcia Luna éveille, à juste titre, les soupçons. » Mais le ministre en question est un des hommes les plus puissants du pays.
Enjeux de politique intérieure contre intérêts diplomatiques. Quoi qu'en dise le gouvernement mexicain, l'affaire Cassez est bien plus qu'une affaire juridique. Ce qui n'empêche pas ses avocats de se concentrer sur ce volet.
L'avocat français Franck Berton a annoncé qu'il déposerait une plainte contre Genaro Garcia Luna pour faux et usage de faux en écriture publique et fabrication de preuves. L'avocat mexicain Agustin Acosta veut, lui, se concentrer sur la prochaine étape. Internationale. Une plainte auprès de la Cour interaméricaine des droits de l'homme.