Frank Berton : « Florence craint pour sa vie. Elle est terrorisée »
Florence Cassez n'est pas favorable à l'annulation de l'année du Mexique en France car elle souhaiterait plutôt qu'on « en profite pour parler de sa cause », a-t-elle déclaré dans plusieurs entretiens accordés à la presse. Frank Berton, son avocat, s'étonne de cette position et continue de s'interroger sur les relations entretenues par les deux pays, un communiqué diplomatique récent montrant que la France a prêté 300 millions d'euros au Mexique le mois dernier.
Très surpris par les déclarations de sa cliente, l'avocat lillois y voit une explication évidente : « Florence est terrorisée à l'idée d'être transférée dans une prison de haute sécurité, où elle serait isolée et livrée à la violence. Manifestement, il y a sur elle une forme de chantage à ce sujet. Elle craint pour sa vie, il faut la comprendre »
Après le rejet de son pourvoi en cassation jeudi, la mère de Florence, Charlotte Cassez, a demandé l'annulation de cette année culturelle du Mexique. Michèle Alliot-Marie a indiqué de son côté qu'elle ne participerait à aucune manifestation. Et Martine Aubry a demandé à toutes les collectivités PS de renoncer aux manifestations. La maire de Lille a d'ailleurs mis tout de suite en application ses paroles en fermant une expo lilloise dès vendredi.
D'après Florence Cassez, son avocat mexicain Agustin Acosta pense que la demande d'annulation de l'année du Mexique en France constitue « une erreur ». Interrogée sur ce qu'elle pensait elle-même, elle a répondu : « Je souhaiterais qu'on profite de l'année du Mexique en France pour parler de ma cause, qu'on affiche mes photos, qu'on discute de mon cas à chaque évènement ».
Car selon la Française, après son nouvel échec devant la justice mexicaine, « le pire qui pourrait m'arriver, c'est l'oubli ».
La France a prêté près de 500 millions d'euros en un an au Mexique
Au-delà de l'année du Mexique en France, Me Berton continue de s'interroger sur les relations réelles qu'entretiennent les deux pays : « Je viens de prendre connaissance d'un récent communiqué de l'ambassade du Mexique en France remerciant notre pays pour le prêt de 300 millions d'euros, le mois dernier, dans le cadre des accords signés en décembre à Cancun. »
Le communiqué indique que ces 300 millions s'ajoutent à 185 millions d'euros prêtés l'an dernier, toujours afin d'« encourager des stratégies de développement vert et solidaire afin de lutter contre les effets du changement climatique ».
« Je m'en étonne, dit Frank Berton. C'est bien la preuve que nous respectons la coopération internationale, alors qu'en retour, le Mexique ne respecte pas les conventions signées avec nous – je pense évidemment à la convention de Strasbourg sur le transfèrement – et même pas les droits consulaires de nos ressortissants, comme ce fut le cas pour Florence lors de son arrestation. »
Les parents reçus lundi à l'Elysée
C'est l'une des questions qu'il soulèvera face à Nicolas Sarkozy lundi soir, quand il sera reçu en compagnie des parents de Florence Cassez à l'Elysée. Le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand a indiqué qu'il ne prendrait une décision concernant cet événement qui a démarré officiellement début février, qu'après cette rencontre.
Florence Cassez, qui a maintenant passé plus de cinq ans en prison au Mexique, a indiqué qu'elle s'était « préparée psychologiquement » au rejet de son pourvoi en cassation et qu'elle a accueilli la décision « sereinement ». Mais elle a avoué que samedi, elle a accusé un « contrecoup ».
Les vives réactions des autorités françaises au rejet de son pourvoi et l'ampleur de la solidarité en France l'ont surpris par leur ampleur. « Si la France n'avait pas bougé, je serais en colère, je me sentirais abandonnée ». Mais les idées se bousculent dans sa tête : « Il y a comme deux personnes en moi. La partie du ventre, affective, celle des tripes, qui a envie d'applaudir à ce qu'ils sont en train de faire, qui dit on va y aller à fond. Et puis il y a la tête, la raison, qui dit attention, à chaque fois qu'on t'a aidée, il y a eu une grosse claque derrière. Et aujourd'hui, je suis dans l'attente d'une autre grosse claque ».