Florence Cassez : une visite parisienne discrète mais en forme de main tendue du président du Sénat mexicain

Ecrit par ÉRIC DUSSART
Florence Cassez est un peu perdue, ces temps-ci. Après les réactions qui ont suivi le rejet de son amparo, puis le dépôt d'un nouveau recours devant la Cour suprême du Mexique, en février, l'opinion l'a un peu oubliée et elle s'en rend bien compte.

C'est en tout cas ce qui se passe en France. Car au Mexique, une table ronde réunissant des journalistes, des avocats et d'autres personnalités a eu un certain succès, auprès d'un peuple qui manifeste de plus en plus ouvertement sa désapprobation de la politique gouvernementale, en matière de lutte contre la criminalité.

Le vent tourne

Genaro Garcia Luna, l'homme qui a fait arrêter Florence Cassez et Israël Vallarta en décembre 2005 - et dont on dit ouvertement, là-bas, qu'il tient la jeune Nordiste dans le creux de sa main - est en fâcheuse posture. Le 8 mai, 85 000 personnes ont défilé dans les rues de Mexico, afin de réclamer sa démission. Les soupçons de corruption, de complicité avec les cartels de la drogue, sont de plus en plus ouvertement lancés contre lui.

Le vent tourne. Il y a quelques mois, il était encore l'homme fort du pouvoir mexicain, mais aujourd'hui, on le décrit volontiers comme un handicap pour le président Felipe Calderon, qui l'a toujours soutenu, jusqu'ici.

Mais cette semaine, une autre surprise est venue de l'État mexicain. Maulio Fabio Beltrones, président du Sénat, est venu en France, rencontrer Gérard Larcher, son homologue, et surtout Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères.

Certes, il a été précisé que « d'autres sujets ont été abordés, comme la modernisation énergétique ou la lutte contre la criminalité », mais c'est bien de Florence Cassez qu'a parlé M. Beltrones à Paris, lundi : « Il existe une volonté de rechercher une solution à ce dossier des deux côtés. Un travail intense a lieu dans ce sens. » C'est bien la première fois qu'une personnalité mexicaine s'exprime de cette manière. Jusqu'ici, on n'entendait qu'une fin de non-recevoir à toutes les tentatives de discussion françaises.

M. Beltrones s'est même montré satisfait de sa rencontre avec Alain Juppé : « Il n'a jamais mis sur la table la question de l'innocence ou de la culpabilité de Florence Cassez. » Autrement dit, Alain Juppé a ménagé les susceptibilités.

Une décision rapide ?

Certes, les lobbies économiques travaillent beaucoup des deux côtés depuis l'annulation de l'année du Mexique, afin de renouer des liens brisés en février, mais les milieux politiques mexicains souhaitent désormais régler une affaire qui menace d'empoisonner la campagne présidentielle de 2012.

La visite de M. Beltrones (à laquelle s'ajoute celle de Mme Espinosa, ministre des Affaires étrangères dans le cadre de l'OCDE aujourd'hui), pourrait pousser la Cour suprême à se prononcer rapidement sur le recours déposé par les avocats de Florence Cassez. C'est tout ce que la jeune femme demande actuellement. •