Florence Cassez : tout pour le transfert sans cesser de clamer son innocence
Ecrit par Eric Dussart
« Nous avons trouvé un consensus », a dit Charlotte Cassez sur le perron de l'Élysée, à l'issue d'une entrevue d'une heure avec le président. Un peu plus tôt, dans l'un des salons du palais, Nicolas Sarkozy, solennel, avait détaillé la nouvelle stratégie visant toujours à ramener la jeune femme en France. Un habile mélange de diplomatie et de fermeté.
« Nous avons parlé longuement avec Florence, depuis sa prison, a dit le président, et c'est en plein accord avec elle que nous avons pris cette décision. » Une Florence « sereine, très calme », selon son avocat, et qui sait toujours parfaitement ce qu'elle veut.
Elle a compris depuis bien longtemps qu'elle n'arriverait à rien, là-bas, contre l'opinion publique mexicaine. Alors, le président l'a dit et même répété : « Nous ne devons pas faire d'amalgame entre le peuple mexicain, qui est ami de la France, et les agissements de certains de ses dirigeants.
» L'année du Mexique en France ne sera pas supprimée, ses manifestations pas plus boycottées, mais au contraire « les responsables politiques devront saisir la moindre occasion de parler de la situation de Florence », à qui cette manifestation sera même dédiée.
Et comme pour montrer l'exemple, « j'irai moi-même à la première manifestation d'ampleur », a dit Nicolas Sarkozy. Voilà pour la bonne parole. Reste maintenant une priorité, une stratégie unique, presque imposée : la demande de l'application de la Convention de Strasbourg sur le transfèrement des prisonniers. On sait que la France et, plus récemment, le Mexique sont tous deux signataires de cette convention, qui peut désormais s'appliquer, puisque Florence est cette fois définitivement condamnée, au Mexique. Là-bas, c'est fini, il n'y a plus de recours. Il ne reste que la Cour interaméricaine des droits de l'homme, au Costa Rica, et la commission du même nom, à Washington, mais on sait que ces procédures sont très longues.
Nicolas Sarkozy a rappelé que c'est Felipe Calderon lui-même, en mars 2009, qui lui avait écrit pour lui proposer l'application de la Convention de Strasbourg, avant de reprendre sa parole quelques jours plus tard. Ce qui avait fait dire à certains journalistes mexicains que le président n'était pas seul à décider, et le nom de Genaro Garcia Luna avait alors copieusement fleuri.
Une grâce ?
À l'époque, il avait été question d'une difficulté de transcrire en droit français une peine de soixante ans de prison hier soir, appuyé par Thierry Lazaro, le député-maire de Phalempin, Frank Berton a balayé cela d'un laconique : « Ici, nous avons la perpétuité. C'est plus long que soixante ans, non ? » Nicolas Sarkozy doit appeler son homologue mexicain pour s'entretenir de cela avec lui. Peut-être que M. Calderon en profitera pour lui faire remarquer qu'en 2009, il s'était aussi étonné d'une possibilité de grâce, en France, en cas de retour d'un prisonnier condamné. Les Mexicains n'avaient pas apprécié cette éventualité.
Il reste donc quelques obstacles à affronter, mais pour autant, il n'est pas question de cesser de crier l'innocence de la jeune femme. Pour preuve : Frank Berton a annoncé le prochain dépôt d'une plainte pour fabrication de preuves contre Genaro Garcia Luna lui-même. Et ça, l'actuel ministre de la Sécurité intérieure, qu'on dit très proche du dangereux cartel de Sinaloa, ne va pas du tout apprécier.