Florence Cassez reste en prison au Mexique

Florence Cassez, en prison depuis cinq ans, ne devrait pas être libérée de sitôt. Le recours déposé en cassation par les avocats de la Française, condamnée à 60 ans de prison pour enlèvements, a été rejeté jeudi par la justice mexicaine.



Pour son avocat Me Frank Berton, cette décision est «une honte et démontre un mépris total de la justice». La ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, a dénoncé un «déni de justice» qui va «peser sur les relations bilatérales».

«La justice de l'Union ne remet pas en cause la sentence définitive du tribunal d'appel contre Florence Cassez», selon le jugement rendu public devant la presse. Les trois magistrats de la Cour de cassation ont pris leur décision après moins de deux heures de réunion.

Des recours encore envisageables

Le second conseiller de l'ambassade de France à Mexico, Florian Blazy, a estimé que le jugement en cassation, qui rend définitive la peine infligée à Florence Cassez pour la justice mexicaine, peut encore faire l'objet de recours au niveau d'organismes internationaux.

«Nous devons faire réviser ce jugement. Il existe d'autres recours internationaux»», a dit le diplomate français. Les hypothèses envisagées par l'ambassade dès avant le jugement étaient celles de la Cour interaméricaine des Droits de l'Homme ou la Cour internationale de Justice de la Haye. «Je ne sais pas comment est Florence, mais je peux l'imaginer», a commenté Florian Blazy.

Florence Cassez n'a jamais cessé de clamer son innocence, y compris dans un livre. En compagnie de son ex-compagnon Israel Vallarta, elle avait arrêtée au cours d'un simulacre d'interpellation organisé pour la télévision et diffusé à l'aube du 9 décembre 2005 comme un reportage en direct dans un «rancho», une maison de campagne aux abords de Mexico. La Française avait clamé avoir été arrêtée la veille et mise au secret en attendant l'aube. La police avait ensuite reconnu avoir procédé à une «reconstitution». Elle avait été condamnée à 96 ans de prison en première instance, une peine ramenée en appel à 60 ans de prison en mars 2009.

Pour ses défenseurs, le recours en cassation (amparo) déposé en août 2010 visait à démontrer que toute l'accusation «repose sur du sable», sur «des preuves falsifiées», selon les termes de Me Frank Berton.

Soutenue par l'Eglise mexicaine

Au commencement de l'affaire, l'opinion mexicaine s'était unanimement montrée hostile à Florence Cassez et le verdict médiatique était sans appel contre la «Française diabolique». Mais, en cinq ans, l'activité des avocats et des enquêtes de presse approfondies, notamment de la part de journalistes français sur place, sur un dossier de plus de 10 000 pages, avaient semé le doute dans des cercles de plus en plus larges au Mexique. En novembre 2010, la Française avait reçu deux soutiens notables : celui de l'Eglise catholique du Mexique et celui d'un ex-Procureur général fédéral, l'équivalent du ministre de la Justice, qui ont affirmé croire en son innocence.

Discorde diplomatique

L'affaire Cassez est également devenue une pomme de discorde diplomatique entre la France et le Mexique, en particulier depuis la visite de Nicolas Sarkozy au Mexique en mars 2009. Trois mois après, en juin 2009, le président mexicain Felipe Calderon avait personnellement exclu, dans une allocution radio-télévisée, la solution préconisée par le président français d'un transfert de Florence Cassez en France. Cette décision de la Cour de cassation mexicaine intervient alors que l'année du Mexique en France a été lancé il y a quelques jours.