Florence Cassez perdue au milieu d'un bras de fer qui la dépasse

Ecrit par Eric Dussart

Une nouvelle fois, le pouvoir mexicain a été très clair. Après la déclaration de Nicolas Sarkozy, lundi soir à l'Élysée, et pendant que la France s'était endormie sur ce subtil mélange de fermeté et de diplomatie, la réponse est arrivée en pleine nuit, fulgurante et sèche. Avant même que la demande de transfèrement soit partie, celui-ci est déjà refusé ; quant à l'année du Mexique en France, puisque c'est ainsi, elle ne les intéresse plus



Le réveil a donc été brutal, hier matin. À tous ceux qui croyaient un peu naïvement que l'intransigeance mexicaine s'était assouplie avec le temps, la sous-secrétaire d'État aux Affaires étrangères mexicaine s'était chargée dans la nuit de rappeler ce qu'il en est : « Nous avions été invités à un événement culturel et cela devient un hommage à une ravisseuse. » Et dans la foulée, outrée de l'arrogance française, elle annonçait à la fois que son pays ne participerait pas à l'année du Mexique en France et aussi qu'il était inenvisageable de lâcher la prisonnière de Tepepan, « une coupable ».

Conditions à respecter

Puis, à des heures plus ouvertes pour nous, son ambassadeur à Paris s'est fendu d'une déclaration un peu moins définitive. Au sujet de l'année du Mexique en France, M. Carlos de Icaza annonça : « On est prêt à continuer, seulement si on respecte les conditions pour lesquelles on a été invités. » Autrement dit, le Mexique ne veut pas que cette manifestation dédiée à la culture devienne une tribune « pour soutenir une personne condamnée pour des crimes particulièrement graves. » Voilà bien le terrain sur lequel se bat le pouvoir mexicain.

Le président Calderon et son ministre de la Sécurité publique, Genaro Garcia Luna, n'ont pas d'autres choix que maintenir leur opinion publique dans la conviction que Florence est coupable, qu'elle a bien enlevé ces gens qui ne la reconnaissaient même pas lors de leur libération. C'est ce qu'ils font depuis février 2006, quand la jeune femme a interpellé Garcia Luna au beau milieu d'une émission de télévision, l'obligeant à reconnaître que la retransmission de son arrestation n'était en fait qu'une mise en scène.

Que reste-t-il aujourd'hui à la France et à la défense de Florence Cassez ? Deux députés, Frédéric Cuvillier, maire de Boulogne-sur-Mer, pour le PS et Thierry Lazaro, maire de Phalempin, pour l'UMP, ont interpellé le gouvernement à l'Assemblée nationale hier après-midi. Le premier insistant sur le besoin de faire respecter une convention internationale, le second martelant l'innocence de la jeune femme et « sa culpabilité fabriquée ».

Michèle Alliot-Marie ne peut que répondre que « la France continuera de demander le transfèrement de Florence Cassez », avant de souligner les incohérences de son accusation : « Aucun des témoignages en sa faveur n'a été retenu alors que d'autres, contre elles, ont été maintenus en dépit de leurs invraisemblances. » C'est l'avis d'un nombre de personnes de plus en plus important, au Mexique, et même des sommités politiques ou judiciaires, mais à Mexico, le pouvoir ne veut rien savoir. « N'ayant pas reçu de la France l'assurance formelle que la totalité de la peine sera purgée en France, nous sommes dans l'impossibilité d'accepter le transfert », a conclu Carlos de Icaza.

Felipe Calderon le répète depuis deux ans : si Nicolas Sarkozy souhaite que Florence Cassez rentre en France, il doit s'engager par écrit à ce qu'elle reste encore cinquante-cinq ans en prison.