Florence Cassez, otage d'une politique qui la dépasse
Ecrit par Florence Traullé
Puisque Nicolas Sarkozy entendait dédier l'année du Mexique en France à Florence Cassez, les Mexicains s'en retirent. La brouille diplomatique vire à la crise.
L'image est symbolique. Elle dit le soutien des élus de la République à la jeune Béthunoise. Au milieu de deux cents députés, toutes étiquettes politiques confondues, les parents de Florence Cassez. Nous sommes, hier, dans la cour d'honneur du palais Bourbon et c'est une condamnée à soixante ans de prison qui rassemble les élus dans le même refus. Image forte. Insupportable pour certains à Mexico.
Dans la nuit, le gouvernement mexicain a répliqué à Nicolas Sarkozy qui venait de décider de maintenir l'année du Mexique en France mais de la dédier à Florence. Un camouflet, même si le président de la République a bien pris la précaution de distinguer le gouvernement du peuple mexicain auquel il dit son « admiration pour sa civilisation » et « notre volonté de partager des valeurs communes ». Message bien compris à Mexico où l'on s'offusque de cette prise de position avec en filigrane le fond de la pensée présidentielle : avec Felipe Calderon et Genaro Garcia Luna, son ministre de la Sécurité publique, point de valeurs communes surtout depuis que la demande de transfèrement de la prisonnière française a été sèchement rejetée, dans la nuit, par Mexico.
La tension est montée
d'un cran
Les précautions de langage d'hier matin viennent bien tard après cette nouvelle escalade dans la crise diplomatique qui ne fait qu'enfler depuis le rejet du pourvoi en cassation de celle qui a été condamnée pour des enlèvements qu'elle a toujours niés. Nicolas Sarkozy a eu beau dire « il faut garder son sang-froid et obtenir des résultats », les déclarations de Michèle Alliot-Marie, la ministre des Affaires étrangères, ont fait monter d'un cran la tension. « Montage policier, violation de la présomption d'innocence, absence d'équité véritable, mise à l'écart de témoignages en faveur de Florence et, au contraire, maintien de témoignages contre elle malgré leur incohérence. » On croirait le constat fait de l'état de la justice dans l'une des pires républiques bananières. Les autorités mexicaines se sont étranglées. Sans surprise.
Me Frank Berton, l'avocat de Florence Cassez qui, depuis jeudi dernier, assassine verbalement un pouvoir « corrompu » et un Garcia Luna « empêtré dans les affaires de narco-trafiquants et qui tient Calderon » s'est retranché hier derrière le droit, dénonçant le refus du transfèrement de Florence Cassez en France pour y purger sa peine au prétexte que le gouvernement mexicain n'a pas « l'assurance formelle que sa peine serait exécutée en totalité ». Vu ce qu'en pense Nicolas Sarkozy, convaincu de l'innocence de la jeune femme, et la possibilité de grâce présidentielle, il y a, de fait, du point de vue mexicain, un risque. Reste que « la procédure de demande de transfèrement n'est même pas engagée que les Mexicains disent déjà non ». Il y voit une « volonté de s'acharner contre Florence » et craint son transfert dans une autre prison plus stricte : « L'escalade, finalement, c'est elle qui en pâtira en premier. » Michèle Alliot-Marie a eu beau dire, hier, que la France « ne laissera jamais tomber » sa compatriote, la marge de manoeuvre, dans l'immédiat, est réduite. Nicolas Sarkozy, en mars 2009, s'était envolé au Mexique avec le secret espoir de ramener Florence Cassez dans ses bagages mais la manière dont cette affaire a monopolisé son séjour mexicain avait agacé une presse mexicaine qui se posait, alors, peu de questions sur le dossier Cassez, souscrivant à la version de Genaro Garcia Luna, devenu ministre après avoir été le directeur d'enquête qui a monté de toutes pièces la fausse interpellation de Florence.
Il faut replacer la position de l'opinion publique mexicaine dans le contexte. Si elle s'est figée sur la version officielle, c'est qu'au Mexique les enlèvements sont devenus un véritable business.
Environ 8 000 personnes chaque année disparaissent ainsi. Demandes de rançons et assassinats sont le lot des otages dans un pays où les narco-trafiquants ont réussi à imposer leur loi et où la corruption règne. Il a fallu du temps pour qu'un revirement s'opère dans l'opinion mexicaine et que, fouillant le dossier de pourvoi en cassation déposé par les avocats de Florence Cassez, des soutiens se manifestent et ébranlent une certitude qui ne demandait qu'à se fissurer.
La position de l'Église mexicaine et d'un ancien procureur général ont distillé le doute, si besoin en était. N'ont-ils pas, au vu du dossier, affirmé que Florence Cassez est innocente ?
Comment sortir de ce guêpier maintenant ? La brouille franco-mexicaine tombe au plus mal, au moment où le chef de l'État qui préside le G20 a demandé au président Felipe Calderon de travailler avec la chancelière allemande Angela Merkel à des propositions sur l'une de ses principales priorités : la réforme du système monétaire international.
Sur la photo de famille du prochain G20, l'image risque de faire tâche.