Florence Cassez : « Ce n'est pas fini, on fonce ! »
Ecrit par Eric Dussart
Et comme prévu, le téléphone a sonné. C'était Florence, avec sa petite voix, dans sa grande prison. Frank Berton avait prévenu : « Elle va d'abord lire un texte qu'elle a écrit cette nuit. » Et d'emblée, le timbre aussi ferme que possible, elle donne le ton : « Aujourd'hui, je suis abattue, effondrée, mais je veux retenir mes larmes. Je vais faire preuve de courage. »
Il est 16 heures et même si Florence ne le sait pas, la confirmation de sa condamnation à soixante ans de prison a pris des allures de guerre diplomatique entre la France et le Mexique.
Quelques heures plus tôt, sa mère Charlotte, tendue, à fleur de peau, a souhaité l'annulation de l'année du Mexique en France et son père, tout en rage contenue, a appuyé : « Le Mexique n'a pas à venir en France nous montrer sa culture, alors qu'il ne respecte pas la démocratie, ni le droit international. » De tous bords, les politiques font assaut de communiqués de soutien, les journalistes se pressent, comme à cet instant où le téléphone sonne au cabinet de son avocat, et la France entière connaît sa situation.
« Je sais qu'on me soutient, dit-elle. Et je veux dire à tous ces gens que je vais me battre. Aujourd'hui, je n'ai plus que ma liberté d'expression, alors je vais crier ma colère. » Et puis, vient la longue succession des questions qui tournent dans sa tête depuis plus de cinq ans. Toujours les mêmes : « Pourquoi moi ? Que leur ai-je fait ? Qui est Florence Cassez au Mexique ? À quel moment ai-je été présumée innocente ? » Son innocence... Sa dernière richesse à ce jour, avec ses cris et sa rage, mais que pèse-t-elle « devant tant de mauvaise foi » d'un pays qui voudrait qu'elle se taise enfin et qu'elle finisse ses jours dans l'une de ses plus sordides prisons fédérales. « Mais ne savent-ils pas qu'un innocent ne se tait jamais ? » Le transfert de la prison de Tepepan vers un pénitencier comme celui de Santa Marta, où elle a déjà séjourné quelques mois, c'est sa hantise. Cette perspective la terrorise. Hier matin elle a vu arriver quatre gardes vers sa cellule : « Je me suis dit ça y est, ils m'emmènent... C'est terrible, cette peur. C'est comme si tout s'en allait en moi. J'étais tétanisée. » Et puis non. C'étaient juste les quatre gardes qui venaient relayer les deux qui étaient affectés à sa sécurité. « Ils ont doublé ma protection. »
Avec les rats et les criminels
Ce n'est donc pas pour cette fois. « Mais maintenant que je n'ai plus de voies de recours au Mexique, cela peut m'arriver d'une minute à l'autre. » C'est vrai : il n'y a pas de longues peines, à Tepepan. Les longues peines, c'est dans les prisons fédérales, avec les rats et les criminels, la violence et l'isolement, puisque les communications avec l'extérieur sont réduites au minimum - comme les visites, d'ailleurs.
Et maintenant, Florence ? « Maintenant, on fonce ! Il existe des voies de recours internationales. Je suis debout et d'ailleurs, il n'y a pas de marche arrière. » Les voies de recours, ce sont la Commission panaméricaine des droits de l'homme à Washington et la cour au Costa Rica. Des années de procédure... « Mais je veux qu'ils sachent qu'ils n'ont pas gagné ! Nous ferons tout ce qui est nécessaire pour ça. Vous savez, j'ai fait cinq ans, et si j'abandonne, cela veut dire qu'il me reste cinquante-cinq ans... » Avec Frank Berton, elle revient alors sur ce jugement rendu en quelques minutes, jeudi en début d'après midi. Quatre pages « de foutage de gueule », dit l'avocat. « En tout cas, ils ne peuvent pas avoir pu lire mon dossier, en si peu de temps. D'ailleurs, l'ont-ils jamais lu ? » Si la thèse des pressions directes de la présidence mexicaine sur les juges se confirme, ce n'était pas la peine, évidemment. Si la décision était prise d'avance. Si, comme le dit Me Berton, « Florence n'a été que l'instrument, trouvé par hasard, d'un homme corrompu soucieux de donner le change devant l'opinion publique de son pays », alors oui, ces cinq années d'espoirs étaient inutiles.
Mais déjà, un autre espoir lui vient : « L'an prochain, le Mexique doit voter pour un nouveau président. Peut-être qu'un changement de parti m'aiderait bien. » Peut-être, oui. Après tout, c'est vrai qu'il n'y a que l'espoir pour la tenir encore debout. Mais encore toute une année ? •
Florence Cassez a perdu sa grand-mère paternelle, dont elle était très proche, cette semaine. Elle en a été très affectée. Les obsèques ont eu lieu jeudi. Hier, Bernard Cassez nous confiait juste ces quelques mots : « Madame Marie Cassez, née Potier, nous a quittés. Selon ses volontés, ses obsèques ont eu lieu dans l'intimité familiale. De la part de ses enfants, ses petits-enfants, ses arrière-petits-enfants. »