Fallait-il annuler l'année du Mexique pour Florence Cassez ?

Ecrit par Florence Traullé

Ses parents l'avaient demandé, immédiatement après l'annonce du rejet de son pourvoi en cassation jeudi dernier. Nicolas Sarkozy a annoncé hier son maintien mais en la dédiant à la jeune Béthunoise. Suffisant ?



Sa plus grande terreur est d'être ensevelie par l'oubli. Depuis sa prison de Tetepan, au Mexique, Florence Cassez s'est exprimée dimanche : « Je souhaiterais qu'on profite de l'année du Mexique en France pour parler de ma cause, qu'on affiche mes photos, qu'on discute de mon cas à chaque événement ». Elle dit aussi, évoquant le soutien des autorités françaises après l'annonce du rejet par les juges mexicains de son pourvoi en cassation : « je ne sais plus quoi penser ». Vendredi matin, quelques heures à peine après avoir appris la nouvelle, les parents de la jeune Béthunoise réclamaient l'annulation de l'année du Mexique en France, immédiatement relayés par une partie de la classe politique. Hier, avant leur rencontre avec Nicolas Sarkozy (lire en page 5), ils avouaient « y réfléchir », sans doute ébranlés dans ce qui était leur certitude par les déclarations de leur fille.

Dès vendredi, Martine Aubry faisait fermer à Lille une exposition d'estampes tout juste inaugurée et labellisée « Année du Mexique en France » et demandait à toutes les collectivités socialistes d'annuler les manifestations prévues dans ce cadre. Une décision qui a provoqué des réactions très partagées.

Alors, fallait-il tirer un trait définitif sur l'année du Mexique en France ? Quand un Thierry Lazaro, député UMP du Nord engagé dans le soutien à Florence Cassez depuis le début, n'en démord pas (« si on ne l'annule pas, on sera totalement à côté de la plaque »), François Bayrou, le président du MoDem, est moins formel : « est-ce que le meilleur moyen est d'ouvrir une crise diplomatique avec un grand pays comme le Mexique ? Je m'interroge ». Une crise diplomatique déjà ouverte mais que le président Sarkozy a semblé vouloir temporiser hier en décidant de ne pas annuler l'année du Mexique en France mais en la dédiant à Florence Cassez.

OUI

Thierry Lazaro (député UMP du Nord) : « Bien sûr qu'il faut annuler l'année du Mexique en France. Ce n'est pas négociable. Je commence à en avoir marre que l'on se couche devant le gouvernement mexicain. La réalité est simple et brutale : Florence Cassez est une jeune femme de 36 ans qui a encore 54 ans et 10 mois de prison à tirer alors qu'elle est innocente ! J'en ai ras-le-bol des pseudos considérations diplomatiques. Calderon, le président mexicain, a trahi sa parole et bafoue les conventions internationales que son pays a signées. Nous, on a toujours fait les choses dans les règles dans cette affaire, tout en respectant le peuple mexicain qui n'a rien à voir dans cette affaire. Dire que l'on maintient l'année du Mexique et qu'on mettra des banderoles pour rappeler le cas de Florence est une illusion : le Mexique n'en aura rien à faire ! Derrière tout ça, il y a aussi des intérêts économiques.On a prêté 300 et 185 milliards au Mexique ! Je trouve également scandaleux que Calderon ait une mission dans le cadre du G20 présidé par la France. On fait confiance à des bandits de grand chemin ! »

OUI ET NON

Alain Cacheux (député PS du Nord et membre du groupe parlementaire d'amitié France-Mexique) : « Je suis partagé sur cette question, je trouve que les deux arguments se tiennent. Dans un premier temps, j'ai pensé que l'idée d'annuler cette année qui vise à promouvoir le Mexique en France était une bonne chose, dans l'idée d'adresser un geste politique fort à ce pays. Dans ce sens, je soutiens sans réserve l'initiative de Martine Aubry qui a fait annuler une exposition à Lille, ou la déclaration de Michèle Alliot-Marie. La ministre a bien fait de qualifier d'« inique » le rejet du recours en cassation. Il faut bien manifester notre réprobation ! Depuis le début de cette affaire, on a gardé la mesure, mais cette stratégie n'a rien donné. Il faut donc hausser le ton. Et en même temps, la déclaration de Florence Cassez elle-même me donne à réfléchir : en effet, profiter de cette année pour rappeler, sans cesse, quelle est sa situation, ne me paraît pas dénué de sens. Aujourd'hui, il faut faire en sorte que Florence Cassez ne sorte pas de l'actualité, faire comprendre qu'on ne la lâchera pas, pour que ce soit une gêne permanente pour le pouvoir mexicain ».