Crise diplomatique franco-mexicaine autour de Florence Cassez

Ecrit par Reuters

L'affaire Florence Cassez, qui empoisonne les relations entre Paris et Mexico, a pris mardi des allures de grave crise diplomatique après l'annonce par le gouvernement mexicain de son retrait de l'année du Mexique en France.



Le Mexique, qui entend ainsi protester contre la décision de Nicolas Sarkozy de dédier ces manifestations culturelles et économiques à Florence Cassez, a réitéré en outre son refus de transférer la Française pour qu'elle purge sa peine en France.

Recevant de nouveau les parents de Florence Cassez, Nicolas Sarkozy avait réclamé lundi le rapatriement de cette Française de 36 ans, condamnée à 60 ans de prison au Mexique pour complicité d'enlèvement et de séquestration.

Le président français a réaffirmé mardi sa volonté de résoudre le cas de la jeune femme, qui clame son innocence depuis son arrestation en 2005 et dont le recours en cassation a été rejeté la semaine dernière.

"La France est déterminée à résoudre le problème humanitaire grave de Florence Cassez (...) mais il faut garder son sang-froid", a-t-il dit lors d'un déplacement dans la Marne.

"Nous ne l'abandonnerons pas", a dit le chef de l'Etat, qui a précisé qu'il parlerait prochainement de ce dossier avec son homologue mexicain, Felipe Calderon.

Le ministre de la Culture a évoqué pour sa part une "affaire d'Etat".

"On prend la culture en otage", a déploré le ministre de la Culture sur France Info. "Ce n'est donc plus une affaire de culture, mais une affaire d'Etat."

ELLE DOIT PURGER TOUTE SA PEINE, DIT LE MEXIQUE

Mexico est prêt à poursuivre les 350 manifestations de l'année du Mexique en France si le gouvernement français renonce à les dédier à Florence Cassez, a déclaré pour sa part l'ambassadeur du Mexique en France, Carlos de Icaza.

"On est prêt à continuer seulement si on respecte les conditions pour lesquelles on a été invités", a-t-il expliqué mardi lors d'une conférence de presse.

Carlos de Icaza a souligné que son gouvernement ne pouvait tolérer que les artistes, créateurs, chefs d'entreprise et universitaires invités soient exposés à des manifestations en faveur d'une "prisonnière jugée pour un délit grave".

"Le procès de Florence Cassez a démontré sa culpabilité", avait auparavant souligné le ministère mexicain des Affaires étrangères dans un communiqué.

Nicolas Sarkozy avait rappelé lundi que son homologue mexicain, Felipe Calderon, avait envisagé le transfèrement en France de Florence Cassez en application d'une convention internationale de Strasbourg.

Une commission créée par les deux pays s'est déjà penchée sur le sujet pendant plusieurs mois et aucun terrain d'entente n'a été trouvé, a cependant rappelé Carlos de Icaza.

L'ambassadeur a fait valoir qu'il n'existait pas, dans ce cas extrême d'enlèvement et de séquestration, l'équivalent de 60 ans de prison dans le droit français et a jugé que son pays ne pouvait "faire des exceptions".

"N'ayant pas reçu de la France l'assurance formelle que la totalité de la peine sera purgée en France, nous sommes dans l'impossibilité d'accepter le transfert", a-t-il insisté.

GANG DE KIDNAPPEURS

La famille, les amis, l'avocat de la Française, Frank Berton, et des dirigeants français avaient initialement demandé l'annulation des événements qui devaient ponctuer l'Année du Mexique en France.

Le président français avait annoncé lundi son maintien, en expliquant que supprimer ces manifestations qui ont débuté le 3 février constituerait une "offense au peuple mexicain" et serait contraire aux intérêts de Florence Cassez.

Arrivée au Mexique en août 2003 pour des vacances, Florence Cassez avait décidé de s'installer à Mexico où elle a fait la connaissance d'Israel Vallarta, présenté par la police mexicaine comme le chef d'un gang de kidnappeurs. Elle en était devenue la compagne mais assure avoir tout ignoré de ses activités.

La police a reconnu que son arrestation avait été mise en scène pour la télévision et qu'elle n'avait pas eu le lieu le 9 décembre 2005, comme annoncé initialement, mais la veille.

Lors de son arrestation, trois otages ont été retrouvés dans le ranch où elle vivait habituellement, selon la police mexicaine.

Son avocat, Frank Berton, a confirmé qu'il allait porter plainte d'ici une quinzaine de jours auprès du procureur de la République de Paris contre le ministre mexicain de la Sécurité publique, Genaro Garcia Luna.

L'avocat a précisé que cette plainte pour faux et usage de faux en écriture publique et fabrication de preuves viserait aussi Luis Cardenas Palomino, ancien bras droit de Garcia Luna à la tête de l'Agence fédérale d'investigation mexicaine.

Genaro Garcia Luna était responsable de la police mexicaine lors de l'arrestation de Florence Cassez.

Armando Tovar, avec Emmanuel Jarry et Gérard Bon pour le service français