Cassez : tensions diplomatiques et mobilisation politique en France
Paris a promis mardi de ne pas abandonner Florence Cassez, condamnée à 60 ans de prison pour enlèvements au Mexique, en dépit de l'aggravation d'une crise diplomatique marquée par les menaces pesant sur la tenue d'une année culturelle et économique du Mexique en France.
« Soyez-en assurés, nous n'abandonnerons pas Florence Cassez et nous comptons sur la solidarité (des parlementaires, NDLR) pour souligner aux Mexicains que ce que nous voulons, c'est que Florence puisse revenir en France. Nous ne la laisserons jamais tomber », a déclaré la chef de la diplomatie, Michèle Alliot-Marie, devant l'Assemblée nationale. les parents de Florence Cassez ont assisté ce mardi à la séance de questions au gouvernement, à l'occasion de la quelle le cas de leur fille a été abordé. En plus de la réponse de la ministre des Affaires étrangères, de nombreux parlementaires de tous bords ont apporté leur soutien public à Florence Cassez et à ses parents.
Des députés se mobilisent
A l'issue de la séance à l'Assemblée nationale, plusieurs dizaines de députés se sont prêtés à une séance photo à vocation forcément symbolique. Parmi les députés présents aux côtés de Charlotte et Bernard Cassez et de leur avocat, Me Frank Berton, on comptait notamment Bernard Accoyer, président de l'Assemblée, Christian Jacob, patron des députés UMP à l'Assemblée nationale et Jean-Marc Ayrault, son homologue du côté du PS.
La tension diplomatique s'est accentuée lundi entre Paris et Mexico, après l'annonce du retrait du gouvernement mexicain de l'année du Mexique en France. Le président Nicolas Sarkozy venait d'annoncer sa décision de dédier cet événement à Florence Cassez, après s'être entretenu au téléphone avec la jeune femme de 36 ans, depuis sa prison mexicaine, et avoir reçu ses parents à l'Elysée. « A la lumière des déclarations du président Sarkozy, le gouvernement du Mexique considère que les conditions ne sont pas réunies pour que l'Année du Mexique en France soit menée à bien », a annoncé le ministère mexicain des Affaires étrangères dans un communiqué.
Un tribunal mexicain avait rejeté jeudi le pourvoi en cassation de Florence Cassez, qui continue de clamer son innocence après cinq ans d'emprisonnement, et confirmé sa condamnation à 60 ans de prison pour enlèvements, port d'armes et participation à des actes de délinquance organisée.
MAM avait dénoncé une « décision inique », déclanchant une vive réaction de la part du Mexique
Une « décision inique », avait estimé Paris, qui estime que la procédure mexicaine est entachée de nombreuses irrégularités. Michèle Alliot-Marie a cité mardi un « montage policier, la violation de la présomption d'innocence, l'absence d'enquête véritable, la mise à l'écart de témoignages en faveur de Florence, et au contraire, le maintien de témoignages contre elle malgré leur incohérence ».
Dans son communiqué, le gouvernement mexicain a réaffirmé lundi, comme il l'avait déjà fait en mars 2009, qu'il ne peut donner son accord au transfèrement de Florence Cassez en France dans le cadre de la Convention de Strasbourg, « en raison des différences substantielles entre les systèmes juridiques des deux pays ». « Le Mexique n'avait pas reçu d'assurance formelle que la peine serait exécuté en totalité », si la jeune femme était transférée dans une prison française, a expliqué mardi devant la presse l'ambassadeur du Mexique à Paris, Carlos De Icaza, en réponse à l'une des demandes françaises.
Année du Mexique : 360 manifestations sur la sellette
Mais le débat s'est en grande partie focalisé mardi sur l'Année du Mexique en France. Le Mexique est « prêt » à y participer, à la seule condition que les autorités françaises renoncent à la lier à l'affaire Cassez, a répété mardi l'ambassadeur du Mexique. Cet événement prévoit de célébrer ce pays pendant toute l'année 2011 à travers plus de 360 manifestations, dont plusieurs grandes expositions et événements culturels, scientifiques et économiques.
Nicolas Sarkozy tente de calmer le jeu, après avoir plaidé pour une année du Mexique dédiée à Florence Cassez
« Comment peut-on exposer nos artistes, nos créateurs, nos intellectuels, nos chefs d'entreprise à des événements dans lesquels à la place de célébrer notre amitié, on va parler d'une prisonnière ? », s'est indigné Carlos de Icaza. L'affaire Cassez « est une affaire judiciaire qui appartient aux avocats et aux tribunaux », a plaidé le diplomate.
Face à la fermeté du Mexique, Nicolas Sarkozy a tenté de calmer le jeu. Je veux redire au peuple mexicain l'amitié du peuple français, l'admiration pour sa civilisation et notre volonté de partager des valeurs communes », a-t-il déclaré. « Pour le reste, il faut garder son sang froid et obtenir des résultats ».