Cassez: Le Mexique boycotte la France
Ecrit par A-Ch .D
Nicolas Sarkozy avait décidé lundi de maintenir l'année du Mexique en France. C'était sans compter la réaction des autorités mexicaines. Le gouvernement de Felipe Calderon a en effet décidé de ne pas prendre part à l'évènement. Le Mexique pourrait revenir sur sa décision, à condition que les festivités ne soient pas liées à l'affaire de Florence Cassez, selon l'ambassadeur du Mexique en France, Carlos De Icaza.
En maintenant l'année du Mexique en France, Nicolas Sarkozy avait déclaré lundi soir vouloir faire la différence entre "le peuple du Mexique" et "certains de ses dirigeants". Mais les autorités mexicaines, qui n'ont pas apprécié, en ont décidé autrement. Suite aux propos du président français, elles ont en effet annoncé leur retrait de l'année du Mexique organisée dans l'Hexagone. "Il est vraiment surprenant qu'un chef d'Etat prenne une décision de politique extérieure affectant les liens entre deux peuples et deux gouvernements, en consultant une personne condamnée par la justice mexicaine pour des délits de nature particulièrement grave", estime, dans un communiqué, le ministère mexicain des Affaires étrangères, en référence au cas de Florence Cassez. Le pourvoi en cassation de la Française, condamnée à 60 ans de prison, a été rejeté la semaine dernière.
Alors, vu que "les conditions indispensables pour le développement de l'année du Mexique en France" ne sont pas effectives et que "l'objectif pour lequel elle avait été conçue" n'est pas mis en oeuvre, Mexico a décidé de boycotter la France. Pour la sous secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, Lourdes Aranda, la France a "changé les règles du jeu de manière unilatérale". "Nous avions été invité à un évènement culturel et cela devient un hommage à une ravisseuse", explique-t-elle à l'AFP. Dans son communiqué, le gouvernement a d'ailleurs réaffirmé que "le procès de Florence Cassez a démontré sa culpabilité".
"Nous ne l'abandonnerons pas"
Mardi, lors d'une conférence de presse, l'ambassadeur du Mexique en France, Carlos De Icaza, a indiqué que son pays était "prêt" à revenir sur sa décision et à participer à l'année du Mexique en France, à la seule condition que les autorités françaises renoncent à la lier à l'affaire Florence Cassez.
En déplacement à Montmirail dans la Marne, Nicolas Sarkozy a évoqué l'incident diplomatique. "Je veux redire au peuple mexicain l'amitié du peuple français, l'admiration pour sa civilisation et notre volonté de partager des valeurs communes", a-t-il déclaré. Avant d'ajouter: "Pour le reste, il faut garder son sang froid et obtenir des résultats. C'est ce à quoi je vais m'employer maintenant", sans toutefois donner de plus amples précisions sur le fond de la question et sur les exigences mexicaines. "La France est déterminée à résoudre le problème humanitaire grave de Florence Cassez, cette jeune femme française condamnée dans les conditions que l'on sait à 60 ans de prison", a conclu le chef de l'Etat. "Nous ne l'abandonnerons pas."
Lundi soir, le chef de l'Etat avait indiqué que ces festivités devaient permettre d'évoquer le cas de la Française emprisonnée. Il avait en effet demandé que "chaque officiel qui aura l'occasion de prendre la parole au cours de ces manifestations commence par parler de Florence Cassez, de sa situation, afin qu'on ne l'oublie pas". Nicolas Sarkozy avait même indiqué qu'il prendrait lui-même la parole à l'occasion de l'une de ces manifestations. C'était avant la réaction du gouvernement de Felipe Calderon.
Une réaction "incompréhensible"
Une réaction jugée "incompréhensible" par l'avocat de Florence Cassez, Me Franck Berton. Sur iTélé mardi matin, il s'est dit "désespéré", tout en ajoutant que les autorités mexicaines, dont il dénonce l'attitude, "cherchent à en découdre". Pour le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, a estimé sur France Info que le Mexique, en agissant ainsi, "prenait en otage la culture". "A partir du moment où ce n'est plus une affaire de culture uniquement mais une affaire d'Etat, c'est à l'Etat de décider ce qu'il doit faire. Et donc au président de la République de dire ce qu'il en est", a ajouté le ministre, refusant de se prononcer sur une éventuelle annulation de l'année du Mexique en France.
Dans son communiqué, Mexico annonce également que le gouvernement n'a aucune intention de transférer la jeune femme en France, comme demandé par Nicolas Sarkozy lundi soir, après une rencontre à l'Elysée avec les parents de la Française, âgée de 36 ans. Et ce, "en raison des différences substantielles entre les systèmes juridiques des deux pays". La tension est à son paroxysme entre les deux pays, qui entretenaient jusque là des relations plutôt cordiales.