Après l’église, avocats et journalistes de haut vol soutiennent Florence Cassez

Au cours d’un débat qui a notamment réuni Anabel Hernández,la journaliste qui a mis en évidence les liens entre le cartel du Sinaloa et l’entourage de Genaro García Luna, et Roberto Hernández, avocat et réalisateur de Presunto Culpable, le cas de Florence Cassez a été jugé “emblématique” des centaines de “faux coupables” produits par la justice mexicaine.

Une table ronde s’est tenue le 18 mai à la Unam (Université nationale autonome du Mexique) pour observer les failles de la justice mexicaine à travers deux cas: celui de Florence Cassez et celui d’Antonio Zúñiga, dont l’affaire, présenté dans le documentaire Presunto Culpable, a ému le Mexique (voir notre article détaillé sur ce documentaire polémique ici).

Des personnalités reconnues comme les journalistes d’investigation Anne Vigna (Fábrica de culpables, sur les cas Cassez, Jacinta Marcial et Atenco), Anabel Hernández (Los señores del narco), le juriste Miguel Sarre de l’ITAM et le député du PT Gerardo Noroña étaient présents pour comprendre comment la justice mexicaine est devenue une “fabrique à coupables”, autrement dit une machine à broyer les victimes et des citoyens innocents.

La réponse est simple: justice et police sont tellement pénétrées par le crime organisé qu’elle ne luttent plus contre la délinquance, mais en sont complices !
“Lorsqu’on emprisonne un innocent, on protège un coupable”, a résumé Anabel Hernández, journaliste victime de menaces de mort depuis qu’elle a mis en évidence l’immense réseau de corruption et de complicité de la police mexicaine avec le crime organisé.

Enfin, Roberto Hernández, avocat et co-réalisateur du documentaire Presunto Culpable, vu par plusieurs millions de Mexicains, est intervenu par visioconférence en direct de l’université de Berkeley en Californie, où il se spécialise. L’avocat, dans un exposé très pédagogique a expliqué les failles du système judiciaire mexicain: le recours systématique aux témoins oculaires, peu fiables et facilement manipulables, la présomption de culpabilité, l’absence des juges lors des audiences ou encore le manque de formation de policiers aboutissent à condamner à la va-vite des innocents et à laisser les coupables dans la nature !

Dans le public, composé d’une centaine de personnes (étudiants, journalistes, familles d’accusés), un homme a alors posé la question suivante au réalisateur: “croyez-vous à l’innocence de Florence Cassez”.

Ce à quoi Roberto Hernández a magistralement répondu “c’est absurde de se poser la question de l’innocence de quelqu’un. Car l’innocence est très difficile à prouver. C’est pour ça qu’existe la présomption d’innocence. Ce qu’il faut se demander c’est si les preuves de la police sont fiables”.

La journaliste Anabel Hernández, ardente dénonciatrice de la corruption dans la police, a enfin cité d’autres cas similaires à celui de Florence Cassez, où la police s’était montrée complice ou défaillante et qui avait conduit à la condamnation d’innocents. Ce fut le cas dans l’affaire Martí (une commandante de police était complice de l’enlèvement), dans l’affaire d’Eduardo Gallo (assassiné par la police qui le croyait kidnappeur) ou encore dans le cas de la sœur de Thalía, Laura Zapata, contrainte d’accuser un innocent…
En novembre dernier, un virage s’était opéré dans l’opinion mexicaine: l’Église catholique mexicaine et la Commission des droits de l’homme du DF avaient dénoncé publiquement les violations des droits de Florence Cassez.

Mardi 30 novembre 2010

D’autres soutiens pour Florence Cassez.

C’est maintenant deux personnalités respectées du monde juridique qui font part de leurs doutes concernant le procès de Florence Cassez, emprisonnée depuis maintenant 5 ans à Mexico pour sa supposée participation à 3 enlèvements.

L’ex procureur général de la république du Mexique, Ignacio Morales Lechuga (qui a également été ambassadeur du Mexique en France) a publiquement fait savoir qu’il croyait à l’innocence de Florence Cassez. Comment ? En présentant, lui aussi, un document informatif aux juges chargés d’examiner l’amparo (dernier recours dans l’échelle juridique mexicaine) de Florence Cassez.

Inquiétudes sur l’indépendance des magistrats

Miguel Sarre, un chercheur de l’Instituto tecnólogico autónomo de México (ITAM) a pour sa part livré une analyse peu rassurante pour le sort de la Française: selon lui, les 3 juges chargés d’examiner l’amaparo pourraient être soumis à la pression de Daniel Cabeza de Vaca, membre du Consejo de la Judicatura, un organe qui gère les carrières des hauts magistrats.

Or Daniel Cabeza de Vaca est l’ex procureur général de la République du Mexique qui s’est fortement impliqué pour l’arrestation de Florence Cassez. Les 3 magistrats sauront-ils se prononcer en faisant abstraction de cet éventuel conflit d’intérêt ? Pour Miguel Sarre, seul les magistrats de la Cour Suprême du Mexique seraient à même de garantir une révision impartiale du cas de Florence Cassez, car ils ne dépendent pas de ce Consejo de la judicatura.

Article du 17 novembre 2010

Hasard du calendrier, l’annonce tombe le jour où Florence Cassez fête ses 36 ans. Deux gros poids lourds de l’opinion publique mexicaine : l’Episcopat mexicain et la Commission des droits de l’homme du DF ont signifié leur appui à Florence Cassez.

Cela s’est déroulé dans le cadre d’une conférence de presse organisée par le Centro de derechos humanos Fray Francisco Victoria. Cette ONG de défense des droits humains a annoncé la publication d’un document appelé Amicus Curia Florence Cassez, dans lequel elle dresse la liste des incohérences juridiques du dossier Cassez. L’amicus curiae, « ami de la cour » en latin, est un document qu’une tierce personne non partie prenante dans un procès peut soumettre à un juge pour apporter un supplément d’information.

Dans le cas présent, l’amicus curia a été présenté aux magistrats mexicains chargé d’examiner l’amparo (sorte de pourvoi en cassation) que ladéfense de Florence Cassez a présenté au mois de septembre 2010.

Pour la Commission des droits de l’homme de Mexico DF, chargée de dénoncer les cas de violations des droits humains au Mexique, le cas de Cassez est une « manifestation des graves violations des droits de l’homme ». Des mots qui sonnent fort pour Florence Cassez longtemps lynchée dans les colonnes et lettres de lecteurs des médias mexicains.

Les auteurs de ce document d’analyse juridique estiment notamment que le procès de Florence Cassez comporte des irrégularités graves comme les déclarations contradictoires des témoins : deux des témoins ne reconnaissaient pas Florence Cassez et ne mentionnaient même pas la présence d’une femme lors de leur enlèvement. Par ailleurs, la déclaration de l’autre témoin (Ezequiel Elizalde) sont hautement contradictoires.

L’autre appui de taille que reçoit aujourd’hui Florence Cassez est celui de l’Eglise mexicaine. Un représentant de l’épiscopat mexicain, présent lors de la conférence de presse, a exprimé que l’institution recommandait « la libération de Florence Cassez ». Il a par ailleurs indiqué que l’Eglise mexicaine allait remettre ses propres conclusions concernant le dossier juridique de Florence Cassez. « Ce document est élaboré depuis 4 mois, et il sera remis avant la fin de l’année à la famille de Florence Cassez », a déclaré Pedro Arellano Aguilar, de la commission épiscopale mexicaine pour les affaires sociales.

Ces deux soutiens de taille devraient réchauffer le cœur de Florence Cassez qui est depuis 5 ans derrière les barreaux. Elle a été condamnée à 60 ans de prison pour complicité d’enlèvements et port d’arme illégal.