Affaire Cassez :Vers une sortie de crise diplomatique ?

Les contacts récemment renoués entre autorités françaises et mexicaines suscitent l'espoir dans le camp de la Française, emprisonnée depuis fin 2005.

Les contacts reprennent entre la France et le Mexique au sujet de Florence Cassez. Il y a quelques jours, le président du Sénat mexicain, Manlio Fabio Beltrones (Parti révolutionnaire institutionnel, opposition), son homologue Gérard Larcher, ainsi que le ministre des Affaires étrangères françaises, Alain Juppé, et son alter ego mexicain, Trinidad Jimenez, se sont parlé.
Dans le même temps, le 2 juin, un groupe de trois députés mexicains issus de différents partis (Arturo Garcia, du Parti d’action nationale, Antonio Benitez, du Parti révolutionnaire institutionnel et le député Noroña, du Parti des travailleurs) rendaient visite en prison à la Française, qui purge une peine de soixante ans de réclusion pour enlèvements. Ils lui ont fait une promesse : examiner son dossier de façon approfondie.

Un cas emblématique

Cette visite, la première du genre, intervient alors que la Cour suprême mexicaine examine un recours en révision pour violation de la Constitution dans la procédure ayant mené à la condamnation de la Française. « Nous avons ressenti la nécessité d’examiner à fond le dossier, c’est une obligation pour avoir une clarté absolue sur son procès », a déclaré le député Gerardo Fernandez Norona, après l’entretien des trois parlementaires avec Florence Cassez, qui ne cesse de clamer son innocence depuis son arrestation, en décembre 2005.
« Nous avons simplement écouté ses explications et exprimé l’intérêt qui est le nôtre à examiner le dossier en détail », a ajouté M. Norona. Selon lui, le cas de Florence Cassez est « emblématique » et pourrait ouvrir la voie à la révision de procès de Mexicains injustement détenus.

Arturo Garcia a de son côté souligné que sa présence ne signifiait pas une critique de l’action du gouvernement dans l’affaire Cassez. « Nous voulons juste nous pencher sur le dossier, mais je crois en la justice, et c’est ce qui est en jeu dans ce cas », a-t-il dit.

Les élections arrivent

Le rejet du pourvoi en cassation de la Française, le 10 février, avait provoqué une crise diplomatique avec la France, qui considère que Florence Cassez n’a pas eu droit à un procès juste. Le Mexique avait ainsi demandé l’annulation des manifestations de l’Année du Mexique en France. La Française affirme avoir été arrêtée par la police le 8 décembre 2005, retenue clandestinement pendant 24 heures avant une prétendue arrestation en direct à la télévision.
La police fédérale avait reconnu, deux mois après, avoir eu recours à un montage pour cette retransmission. Mais la justice mexicaine n’a pas tenu compte de cette mise en scène dans sa décision finale. La défense de Florence Cassez met aussi en avant les contradictions des témoignages à charge.

L’élection présidentielle mexicaine, qui doit avoir lieu en juillet 2012 pourrait également changer la donne. Le gouvernement du président Felipe Calderon est en proie à plusieurs difficultés, avec notamment une affaire de corruption dans laquelle est empêtré le ministre de la Sécurité, Genaro Garcia Luna, l’homme qui avait mis en scène l’arrestation de la Française. En effet, 85.000 personnes ont manifesté le mois dernier pour réclamer sa démission.

De leur côté, Bernard et Charlotte Cassez, les parents dunkerquois de Florence, aspirent à la libération de leur fille et continuent d’exposer les toiles qu’elle peint depuis sa prison mexicaine, afin que l’affaire ne tombe pas dans l’oubli