Affaire Cassez : tensions diplomatiques entre Paris et Mexico
Les réactions se sont multipliées mardi après l'annonce du gouvernement mexicain de son retrait de l'année du Mexique en France, nouveau développement dans les tensions entre Paris et Mexico autour du sort de la Française Florence Cassez, condamnée à 60 ans de prison au Mexique pour des enlèvements dont elle se dit innocente.
La France est "déterminée à résoudre le problème humanitaire, grave, de Florence Cassez", a déclaré le président français Nicolas Sarkozy en marge d'un déplacement à Montmirail (Marne).
"Nous n'abandonnerons pas", a ajouté le chef de l'Etat. "Il faut garder son sang-froid et obtenir des résultats. C'est ce à quoi je vais m'employer maintenant."
Un peu plus tard, à l'Assemblée nationale, la ministre des Affaires étrangères Michèle Alliot-Marie a fait part de son "indignation".
La ministre a dit ne pas comprendre le rejet de la demande de transfèrement de Florence Cassez en France, en vertu de la convention de Strasbourg dont le Mexique est signataire. "Il s'agit d'une demande raisonnable permettant de trouver une solution humanitaire dans le cadre du droit et des conventions internationales."
"Bien sûr, il y a des différences entre nos systèmes juridiques. Mais c'est justement parce qu'il y a des différences que des conventions ont été établies", a-t-elle argumenté.
En fin de matinée, Mexico s'est dit "prêt" à participer à l'année du Mexique en France, uniquement si Paris renonce à établir un lien avec l'affaire Florence Cassez.
Pour l'ambassadeur du Mexique en France Carlos de Icaza, la France a décidé de "façon unilatérale" et "sans consultation" de changer "les conditions de l'année du Mexique" en la dédiant "à une personne qui a été jugée et condamnée pour des délits particulièrement graves".
"Nous sommes prêts à participer à l'année du Mexique si les conditions (initiales, NDLR) qui ont été établies par le gouvernement français sont respectées", a-t-il expliqué devant les journalistes.
En ce qui concerne le transfèrement de Florence Cassez en France, l'ambassadeur a fermement rejeté cette hypothèse: "n'ayant pas reçu l'assurance formelle de la France que la peine sera effectuée en totalité, à notre avis, la convention n'est pas applicable".
Le ministère mexicain des Affaires étrangères a annoncé lundi soir le retrait de son pays de l'année du Mexique en France. Dans un communiqué, il précise qu'il "ne permettra pas que ses artistes et créateurs, ni ses hommes d'affaires et autres participants à ce programme, soient exposés" aux tensions entourant le cas de Florence Cassez.
Une réaction intervenue après les déclarations de Nicolas Sarkozy, qui a décidé lundi de maintenir l'année du Mexique en France tout en souhaitant que cette manifestation soit l'occasion d'attirer l'attention sur le sort de Florence Cassez, dont le recours en cassation a été rejeté la semaine dernière par la justice mexicaine.
La décision de Mexico a déclenché de nombreuses réactions en France, le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand allant jusqu'à parler d'"affaire d'Etat".
"A partir du moment où les autorités mexicaines décident de se substituer aux décisions à caractère culturel pour prendre, elles, une décision, c'est une affaire d'Etat", a-t-il déclaré sur France-Info.
Le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux a, lui, dit prendre acte de la décision mexicaine et fait savoir que Paris explorerait "toutes les possibilités juridiques" pour venir en aide à Florence Cassez. "Nous ne renonçons pas", a-t-il dit sur LCI. "Il y a encore un certain nombre d'instruments, de moyens juridiques, dont nous allons naturellement nous saisir", a-t-il affirmé.
Evoquant "une situation de crise assez avancée", Franck Berton, avocat français de Florence Cassez, a pour sa part annoncé son intention de porter plainte en France contre le ministre mexicain de la Sécurité publique Genaro Garcia Luna, qu'il a accusé d'instrumentaliser le dossier Florence Cassez. "Une nouvelle fois, le Mexique s'inscrit dans une volonté de ne pas respecter le droit international", a-t-il estimé sur France Info. "Le gouvernement se sert d'elle à chaque fois, même maintenant, pour détruire les relations entre les deux pays."
Enfin, le porte-parole du Parti socialiste Benoît Hamon a affirmé sur Radio classique que le gouvernement français avait "raison de faire pression sur le gouvernement mexicain dans cette affaire".