Affaire Cassez : la provocation

Ecrit par Eric Dussart

Il faut se souvenir du choc qu'avait été la condamnation de Florence Cassez en appel, en mars 2009. À cette époque, Frank Berton était son avocat depuis quelques mois, la médiatisation allait bon train, et sous l'impulsion de Thierry Lazaro, le député-maire de Phalempin, son dossier était arrivé jusqu'à l'Élysée, où Nicolas Sarkozy n'avait laissé le soin à personne de le piloter.



On avait changé de stratégie, la France mettait tout son poids - avec beaucoup de diplomatie - pour faire entendre sa conviction de l'innocence de cette jeune femme, tout allait s'arranger... Et puis un soir, juste deux mots de Berton au téléphone : « Soixante ans. » La claque. Et cela, juste trois jours avant une visite officielle de Nicolas Sarkozy à Mexico, avec une rencontre organisée tout exprès entre les deux couples présidentiels, pour évoquer ce cas douloureux. Le président Calderon n'a finalement pas voulu aborder le sujet, la soirée a été glaciale, et il est même revenu sur la parole qu'il avait donnée par écrit, au sujet du transfèrement de Florence. Le mépris.

Et cette fois, ça semble pire. il y a bien une décision de justice, un document officiel, mais bâclé en quatre pages (il répond à un mémoire de cent onze pages) et écrit à l'encre de la provocation. À la question de savoir pourquoi Florence n'a pas bénéficié de ses droits consulaires, il est répondu que la police a bien appelé l'ambassade de France, mais que personne n'a répondu au téléphone. À l'observation qui revient sur le fait qu'elle n'a pas été présentée rapidement à un magistrat, il est invoqué « un cas de force majeure ». En l'occurrence, une émission de télé du matin. Sur la date de l'arrestation, les juges ne nient pas qu'elle ait été arrêtée la veille, ce qui casserait tout de suite le jugement, ils écrivent juste qu'elle ne s'en est pas plainte sur l'instant. Le message est clair. Il dit « cessez de nous ennuyer avec cette jeune femme ». Il dit que le pouvoir mexicain actuel ne veut pas la lâcher.