Un scandale éclabousse la police des polices

Ecrit par Le Parisien

Plusieurs enquêtes judiciaires sont en cours après la mise en cause injustifiée de quatre fonctionnaires. Trop d’anomalies avaient conduit à les suspecter. Des manœuvres aux relents politiques.

Voilà un dossier explosif qui ne va pas restaurer l’image de la police, déjà écornée par l’affaire Neyret ou celle du Carlton de Lille. Dans son édition d’hier, « le Monde » révèle l’existence d’un scandale judiciaire mettant en cause l’inspection générale des services (IGS), la police des polices de la préfecture de police de Paris (PP). Procès-verbaux truqués, écoutes falsifiées, humiliations… Les faits rapportés, qui font l’objet de six enquêtes distinctes, sont lourds. Le tout, sur fond de règlements de comptes politiques, à l’époque où l’élection présidentielle de 2007 approchait. L’affaire atteint les sommets de l’institution puisque le préfet de police en personne, Michel Gaudin, un proche de Nicolas Sarkozy, a été placé sous le statut intermédiaire de témoin assisté. Dans un communiqué, la PP a évoqué des « allégations infondées ».

Les faits remontent au printemps 2007. L’IGS enquête sur un trafic présumé de cartes de séjour au sein du bureau des affaires réservées. Ce service dépend notamment du directeur de la police générale, à l’époque Yannick Blanc, policier connu pour être proche de la gauche. Début juin 2007, deux employées du bureau sont mises en examen pour corruption et trafic d’influence. Deux autres policiers subissent le même sort : Bruno Trinquenaux, l’adjoint de Yannick Blanc, et Christian Massard, l’officier de sécurité de l’ancien ministre de l’Intérieur (PS) Daniel Vaillant. Tous les quatre sont suspendus, malgré leurs dénégations. Yannick Blanc, qui apparaît en fait comme la véritable cible de l’opération, est témoin assisté.

Des procès-verbaux faussement rédigés

Coup de théâtre en janvier 2011. La cour d’appel de Paris délivre un non-lieu à l’encontre de tous les mis en cause. Blanchis mais marqués à jamais. Entre-temps, les bannis de l’époque ont saisi à leur tour la justice pour tenter de comprendre l’engrenage. Six informations judiciaires, visant notamment des faits de faux en écritures publiques, violation du secret de l’instruction ou dénonciation calomnieuse, ont été ouvertes. Ce sont les résultats de ces investigations qui font naître les soupçons de machination.

Toujours selon « le Monde », les enquêtes auraient ainsi révélé que les procès-verbaux de synthèse de l’IGS, très à charge, ont été faussement rédigés. Des écoutes téléphoniques auraient été caviardées. Entendu, un ancien policier de l’IGS aurait découvert que sa signature avait été imitée au bas d’un document. « C’est monstrueux », se serait-il écrié face à la juge, selon des extraits de son audition cités par le quotidien. « C’est l’affaire d’Outreau de la préfecture de police », s’indigne Me David Lepidi, l’avocat des quatre réhabilités.

Michel Gaudin, l’actuel préfet de police, se retrouve également éclaboussé par l’affaire. Il est soupçonné d’avoir signé la demande de suspension d’un des policiers, sur la base d’informations judiciaires dont il n’aurait pas dû avoir connaissance. « Il n’y a aucune mise en examen envisagée », a fait valoir son avocat. « Je pense que le préfet de police a lui même été intoxiqué », note Yannick Blanc, qui parle plutôt d’un « dérapage de l’IGS ».

Selon Daniel Vaillant, cet épisode a pourtant une lecture politique. Dans un courrier adressé en mars 2011 au procureur général de la Cour de cassation, il livrait son sentiment sur l’affaire : « Un montage policier destiné à complaire au pouvoir politique dans le contexte de l’élection présidentielle de 2007. » Hier à l’Assemblée nationale, le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, a évoqué des « informations tronquées » et des « pièces de justice partielles ».