Un enfant et un médecin à la barre
Ecrit par Florence Traullé
Son frère aîné est venu raconter ce qu'il a vécu pendant les semaines qui ont précédé la mort du petit Marc. Le témoignage d'un enfant, avant celui d'un des deux médecins jugés pour non-assistance à personne à danger.
Son courage force le respect. Il n'a pas tout à fait dix ans, son doudou serré contre lui, et il s'avance depuis le fond de la salle d'audience. Elle est pleine à craquer. Il a fallu refuser du monde, trop de gens venus on n'ose se dire pourquoi. On n'ose comprendre quelle malsaine curiosité a attiré tant de gens à la cour d'assises de Douai. Il n'a pas un regard vers le box où sa mère est recroquevillée, où le bourreau de son frère se tient droit.
Les avocats font barrière dans leurs robes noires. Me Reisenthel, son défenseur, lui a expliqué comment cela allait se passer. Il lui a dit de parler au monsieur en rouge, droit devant lui. C'est un enfant qui fait face à la cour et à son histoire.
Il parle d'une voix claire. « Tu sais pourquoi tu es là aujourd'hui ? », l'interroge doucement le président Gasteau. « Oui ». Il dit que « vers Noël, les ennuis ont commencé », qu'il ne sait pas pourquoi David Da Costa s'en est pris à son petit frère, alors âgé de cinq ans. « Marco était très sympa avec lui. Il était très sympa avec tout le monde ». Le président Gasteau avance prudemment, pèse ses questions. L'enfant se souvient. Par exemple, ce jour où Marc est tombé dans l'eau « à la mare à canards. David Da Costa a commencé à le pousser, il est tombé dans les pommes. Il était tout blanc. Il était tout mouillé des pieds à la tête ». C'était en plein mois de janvier. Le frère de Marc continue. Il donne quelques détails, insoutenables. Il dit aussi que Marc « il pleurait pas. Il pleurait sans larmes. Normalement, quand on pleure on a des larmes ». L'enfant tient bon à la barre. C'est quand on en vient à sa mère qu'il vacille. Il pleure, se reprend. Oui, il est « très en colère ». Contre elle qui n'a rien fait, contre « les autres, quand même, ils voyaient sans rien dire ». Et puis, il lâche ce qu'il a sur le coeur. Sa mère, il ne veut « pas repartir avec elle j'ai trouvé une bonne famille et je veux pas la quitter ».
Il dit aussi qu'il ne veut plus que sa mère lui écrive. Elle se lève dans le box, elle veut parler à son fils qui ne la regarde pas. Le président Gasteau lui fait signe de se rasseoir. Et il dit ce que cet enfant doit entendre. « Maintenant, c'est nous qui allons prendre une décision. Ce n'est pas toi qui en seras responsable. Il faut continuer à profiter de ta bonne famille, de bien travailler à l'école. Et nous, on s'occupe du reste ». Le reste, ce sera d'abord l'audition du docteur Christian Tirloy, ce généraliste d'Auby qui a vu Marc le 30 décembre 2005 et a rédigé un certificat l'adressant à l'hôpital, assurant qu'il fallait exclure toute maltraitance des parents.
Droit dans ses bottes
Il est droit dans ses bottes. On pourrait s'attendre à des regrets, lui qui n'a pas vu, pas fait ce qu'il fallait faire. On pourrait espérer qu'il dise sa responsabilité. Non. Il est là pour se justifier. Il a fait ce qu'il fallait faire, jure-t-il. Même si l'examen clinique de Marc ne lui a pris que cinq minutes, même s'il n'a pas pris la peine de vérifier que sa mère l'avait bien emmené à l'hôpital, même s'il n'a rien dit au médecin traitant d'Isabelle Gosselin, son associé, en vacances ce jour-là, quand il est revenu au cabinet quatre jours plus tard.
Son audition est tendue. La mère s'empêtre dans ses explications. Dans le public, les soutiens du médecin manifestent bruyamment leur désapprobation. Le président Gasteau fait évacuer la salle. Les débats reprennent. Ils ne permettront pas de comprendre comment ce médecin de famille n'a pas vu ce qu'il aurait dû voir.