Tous coupables ?
Ecrit par Laurent Goudet
Près de trois ans après la mort du jeune Aubygeois de 5 ans, neuf prévenus vont être jugés par la cour d'assises dont deux médecins. Une première.
Le calvaire de Marc, 5 ans, a duré six semaines. Entre la mi-décembre 2005 et le 25 janvier 2006, jour de sa mort, Marc a subi un véritable supplice. Car, bien plus que de déterminer l'origine de la mort (une hémorragie cérébrale), l'autopsie a fait état d'une multitude d'hématomes, coupures et fractures.
Ce petit Aubygeois de 5 ans vivait dans une maison de la Cité des Bruyères, rue Maurice-Thorez. A cette époque, Isabelle, sa maman, est employée en contrat emploi solidarité à la cantine de l'école maternelle Gérard-Philipe, où ses deux enfants étaient scolarisés. Avec Marc, 5 ans, et François, 7 ans, elle a fondé une nouvelle famille aux côtés de David, Rmiste et cocaïnomane. Tout semble aller pour le mieux. Les voisins ne remarquent rien de particulier. N'entendent rien de suspect. Tout juste sont-ils surpris de constater un défilé de pompiers et de policiers le 25 janvier 2006, au matin.
David appelle à 6 heures les pompiers d'une cabine téléphonique. Ils vont découvrir Marc, sous sa couette, « mort depuis la veille, peut-être dans l'après-midi, au plus tard en début de soirée », précise alors le Parquet. Selon la maman, le petit était encore vivant quand elle s'est couchée. Vivant, peut-être. Mourant, probablement.
A l'examen visuel, l'enfant présente un gros hématome sur chaque cuisse, et d'autres sur le torse et les bras ; des brûlures de cigarettes. Plus impressionnant : une lèvre est gonflée et infectée de l'intérieur. Plus choquant : la profonde coupure d'un testicule, lui aussi infecté. L'autopsie ajoute à cet inventaire macabre à la Prévert cinq fractures de côte, de deux âges différents ; un bassin cassé.
Cinq côtes cassées, le bassin fracturé, des brûlures...
Face aux enquêteurs, Isabelle ne tarde pas à se confesser. Seul son concubin se serait acharné sur l'enfant, lui assénant de violents coups de poing et de pied, le poussant dans la baignoire ou dans les escaliers. David avoue une petite fessée. Pas plus. Il assure que Marc est un enfant turbulent qui s'automutilait avec un couteau depuis la séparation de ses parents. Un gamin qui se jetait aussi dans les escaliers.
Il est mis en examen pour torture et actes de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner et elle, pour complicité. Au terme de 19 mois d'instruction, le juge Norbert Dornier a suivi en septembre 2007 les réquisitions du Parquet dans cette sordide affaire. Fait exceptionnel : sept autres personnes sont renvoyées devant la cour d'assises. Les grands-parents maternels, le frère de l'accusé et sa femme, une assistance maternelle et deux médecins généralistes sont poursuivis pour non-assistance à personne en danger et non-dénonciation de mauvais traitement sur mineur de moins de 15 ans. Alors, tous coupables ?
« L'enfant aurait pu être sauvé plusieurs fois. Tout un tas de gens auraient pu faire en sorte que cela se finisse autrement. Et pour l'une des premières fois dans ce type d'affaire, ils sont tous renvoyés aux assises », souligne Raphaël Théry, avocat, avec le médiatique Me Berton, du beau-père. Il précise : « L'enfant n'était pas séquestré chez lui. C'est un peu simple de dire qu'il n'y a qu'un grand méchant dans cette affaire. A mon sens, la responsabilité est collective. »
La maman sera défendue par deux autres valeurs montantes du barreau de Douai : Pierre-Jean Gribouva et Xavier Denis. « Cette femme était cantinière dans l'école de ses gamins. Tout le monde l'appréciait. Instituteurs, directrice, aide-maternelles... disent qu'elle s'occupait de ses gosses », note Pierre-Jean Gribouva. Et son confrère de préciser : « Notre cliente n'a jamais nié ses responsabilités et a toujours été précise et constante dans ses déclarations : elle n'a jamais porté de coup à son enfant. Elle n'a rien dit parce qu'elle avait peur de son concubin et qu'elle était aussi très attachée à lui. » Ce dernier a nié les faits, avant de se murer dans le silence.
Dans les heures qui ont suivi leurs mises en examen, la substitut du procureur en charge de ce dossier promettait qu'elle n'allait pas en rester là : « Je suis interpellée par le fait, qu'en 2006, un enfant de 5 ans puisse faire l'objet de sévices sans que personne ne se manifeste dans son entourage. Il n'est pas possible de penser que personne n'ait été au courant. »
Famille et proches avaient bien remarqué le visage bleui et gonflé du petit. La maman expliquait à chaque fois que Marc s'automutilait. Le grand-père a bien déposé une main courante et l'assistante maternelle a failli appeler SOS Enfance maltraitée.
Pour l'heure, la justice estime qu'ils auraient dû faire bien plus. « Soit toutes ces personnes n'ont rien vu, soit elles n'ont rien voulu voir, assène Me Denis. Nous, on assume. Il serait de bon ton que chacun, à son niveau, aille au bout des choses. »
Dans ce sac de noeuds, c'est peut-être le frère de Marc, témoin clef du procès, qui aidera la cour d'assises à dénouer les fils de la vérité. Et encore, pas tous...