Quand le silence tue
Ecrit par FLORENCE TRAULLE
Ce procès est celui des occasions manquées. Il aurait suffi d'une seule pour sauver Marc. La cour d'assises essaie de comprendre pourquoi personne n'a rien fait personne n'a rien dit.
El1es étaient amies depuis longtemps, prenaient le café ensemble presque tous les jours, emmenaient les gamins au cinéma ou au McDo. Quand David Da Costa entre dans la vie d'Isabelle Gosselin, son amie Floriane lui dit ce qu'elle en pense. C'est que Da Costa a une sale réputation. Floriane sait qu'il a tabassé son ex-femme, qu'on le dit alcoolique et toxicomane. Isabelle n'aime pas l'avertissement. C'est la rupture entre les deux amies.
Le 3 janvier 2006, Floriane voit Marc. Elle remarque les traces de coups sur le visage, une morsure à la joue. Da Costa lui dit que Marc s'est jeté contre un buffet. Elle n'en croit rien, lui fait remarquer qu'un buffet « n'a pas de dentier ». Elle en parle à sa fille qui connaît aussi la mère de Marc et les enfants. Maintenant que Floriane est devant la justice, accusée de non-assistance à personne à danger, les versions sur ce qu'elles ont compris à l'époque, soit trois semaines avant la mort de Marc, diffèrent un peu.
D'une voix traînante, Floriane se défend à la barre d'avoir compris que Da Costa frappait Marc. Mais alors, pourquoi a-t- elle composé le 119 avant de raccrocher ? « J'ai vécu une situation de femme battue. J'avais peur pour Isabelle, sachant ce qu'il avait fait à sa première femme » Mais le 119, c'est le numéro de l'enfance en danger, pas des femmes battues. « J'ai hésité, j'ai raccroché. Je me suis dit que je n'avais pas le droit de faire ça. Je la connaissais bien. Et ça s'est arrêté là. » Une occasion manquée de sauver Marc.
Pas vu, pas compris
À l'école, on n'a pas revu l'enfant depuis les vacances de Noël. Son institutrice se souvient qu'il lui a « souhaité de bonnes vacances et offert une boîte de chocolats ». Début janvier, Marc n'est pas en classe. L'institutrice connaît bien sa mère. Et pour cause, elle travaille à la cantine de l'école. Elle parle d'une gastro et d'un bleu sur le front causé par une chute. Quelques jours plus tard, elle lui dira que le petit ne supporte pas son nouveau compagnon, qu'il s'automutile. L'instit s'inquiète. Lui conseille de consulter un médecin. Isabelle Gosselin acquiesce. Ensuite, elle lui dira qu'il est suivi par un pédopsychiatre. C'est faux. Marc est alors à quelques jours de sa mort. L'instit et la directrice de l'école, citées comme témoins, se sont expliquées hier devant la cour d'assises. Elles non plus n'ont pas compris, pas vu, elles aussi ont cru les explications de la mère. Encore un verrou de sécurité pour l'enfant qui n'a pas fonctionné.
Lundi matin, les débats reprendront avec l'audition du deuxième médecin ayant vu Marc et également poursuivi pour non-assistance à personne en danger.