Perpétuité pour le beau-père et 30 ans pour la mère du petit Marc

Ecrit par Julien Carpentier
Hier après-midi, la cour d'assises du Nord a rendu son verdict dans l'affaire du petit Marc, mort de trop de coups, le 25 janvier 2006 à Auby (Douaisis). David Da Costa a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, Isabelle Gosselin à trente ans de réclusion. À une exception près, les jurés ont suivi les réquisitions pour les sept autres personnes jugées.

Lui n'a rien dit. Elle, juste demandé « pardon » avant que la cour ne se retire pour délibérer. Les jurés ont pris six heures pour répondre aux dix-neuf questions qui leur étaient posées sur la culpabilité des neuf personnes jugées depuis le 27 octobre. Des questions auxquelles ils ont répondu « oui ». Ça n'a pas été simple : juger sept personnes pour des délits de non-assistance à personne en danger et/ou pour non-dénonciation de crime est d'ordinaire réservé aux magistrats professionnels du tribunal correctionnel. Pour cette affaire sensible, aux enjeux multiples, le choix avait été fait de renvoyer ensemble les sept prévenus et les deux principaux accusés.

« Faire leur deuil »

Et jusqu'au bout, les différents avocats ont fait planer ce doute légitime dans l'esprit des jurés : y a-t-il eu l'intention de ne pas porter assistance au petit Marc pendant son calvaire ? Oui, a répondu la cour. Bruno Da Costa (33 ans) et Patricia Dhaussy (37 ans), les oncle et tante de l'enfant, avaient vu Marc à plusieurs reprises chez eux quelques jours avant sa mort. Ils sont condamnés à trois ans de prison avec sursis.
Les grands-parents maternels, Marie-Thérèse (67 ans) et Yves (69 ans) Gosselin, avaient aussi vu l'enfant, conduisant même le grand-père à faire une main courante pour dénoncer cette fameuse « automutilation » à laquelle tout le monde a cru. Conformément aux réquisitions de l'avocat général, ils sont eux aussi condamnés à trois ans de prison avec sursis. « Vous savez bien, maître, que je voulais pas le laisser mourir », glisse Yves Gosselin à son avocat. Eux non plus ne devraient pas faire appel. « Ils sont lassés et tristes, estime Me Cockenpot. Tristes parce qu'ils se disent qu'à leur âge ils ne verront plus leur fille libre mais soulagés aussi de pouvoir enfin faire leur deuil de Marc. »

Pour Floriane Galan (49 ans), l'assistante maternelle qui travaillait dans l'école avec Isabelle Gosselin, les jurés ont estimé qu'elle était coupable de ne pas avoir appelé SOS enfance maltraitée mais réduit de moitié la peine demandée par le parquet à un an de prison avec sursis.
David Da Costa (37 ans), le beau-père, n'a pas dit un mot à l'énoncé du verdict. Il ne demandait rien, avait martelé Me Berton. Les jurés ont suivi les réquisitions et l'ont condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. « Cette peine n'est pas sans espoir pour lui, estime néanmoins Me Berton, car il n'y a pas de période de sûreté prononcée : il y a au moins un geste d'humanité. Ce n'est pas une peine d'élimination. » Selon ses avocats, David Da Costa « ne fera pas appel » : « L'acceptation de cette peine fait partie d'un cheminement qu'il accomplit depuis trois ans », selon Me Théry.
Isabelle Gosselin (35 ans), la mère, ne fera pas appel non plus. Ses avocats ont obtenu qu'elle ne soit pas condamnée elle aussi à perpétuité mais à trente ans de réclusion. « La peine est sévère, admet Me Simoneau, mais la cour a fait la distinction entre elle et Da Costa en admettant qu'elle n'avait pas frappé Marc. Aujourd'hui, même si elle est morte de l'intérieur, Isabelle a un espoir de sortir un jour, de refaire sa vie et on n'entendra plus parler d'elle. »

Sauf peut-être si les deux médecins, reconnus coupables de non-assistance à personne en danger, font appel de leur condamnation. Une décision qui fait « frémir » Me Reisenthel, l'avocat du frère aîné de Marc : « L'émotion de ce procès était trop forte. Je ne peux pas imaginer qu'on nous redemande de revenir en appel dans un an. À un moment donné, il faut prendre ses responsabilités ( ) . Je pourrai dire à François que, quand sa mère sortira, il sera majeur et pourra choisir. Je pourrai lui dire aussi qu'en faisant ce procès, le monde des adultes s'est occupé de lui. »