Neuf personnes dans le box pour répondre de la mort du petit Marc

Ecrit par Julien Carpentier
À partir de ce lundi et pendant deux semaines, la cour d'assises du Nord juge un homme de 38 ans, accusé d'avoir frappé à mort le petit Marc, cinq ans, à Auby (Douaisis), en janvier 2006, et la mère de l'enfant, 35 ans, pour complicité. Aux côtés du couple, sept personnes, dont deux médecins, sont poursuivies pour non-assistance à personne en danger.

Difficile à imaginer. Pénible même. Marc, petit bonhomme de cinq ans, est mort des suites de coups et violences répétés au domicile familial, un petit appartement de la cité des Bruyères, à Auby. C'est David Da Costa, son beau-père et principal accusé, qui a prévenu les sapeurs-pompiers à l'aube du 25 janvier 2006. Couché dans le lit parental, Marc était mort depuis la veille d'un hématome au cerveau. Les sévices ont duré près d'un mois. Un mois durant lequel, dans la plus grande indifférence, l'enfant a enduré un calvaire.
Le rapport d'autopsie est accablant. Des hématomes des pieds à la tête, des brûlures de cigarettes, des plaies jusqu'aux testicules, des côtes et le bassin fracturés... Pour être réanimé après les coups, Marc était mis sous une douche froide. Le 24 janvier 2006, son corps n'a plus résisté. David Da Costa et la mère de l'enfant Isabelle Gosselin, sont rapidement mis en cause. C'est la mère qui révèle les faits et livre son concubin, un homme qui partage sa vie depuis l'été 2005 et sa séparation avec le père de Marc. David Da Costa, toxicomane fraîchement sorti de prison, est un peu l'homme providentiel qu'Isabelle Gosselin cherchait : un concubin qui s'intéresse à elle et qui s'occupe bien de ses deux enfants, Marc et François.

Tout va pour le mieux pendant les premiers mois. Que se passe-t-il exactement ensuite et notamment à la fin du mois de décembre ? David Da Costa parle à demi-mots de quelques gifles et fessées. La justice n'en croit rien : il est jugé pour actes de torture et de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Isabelle Gosselin est jugée pour complicité et, comme son concubin, est poursuivie pour défaut de soins ayant entraîné la mort. Le couple encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

« Automutilation »
Dans l'enchaînement des faits, l'affaire n'a rien d'exceptionnel. C'est l'histoire d'un enfant mort de trop de coups comme on en rencontre trop souvent dans les salles d'audience. « Ce sont les satellites qui rendent ce dossier exceptionnel », assène Me Alain Reisenthel, l'avocat de François, le grand frère de Marc. François a tout vu ou presque du calvaire subi par son petit frère. Lui a été épargné et, du haut de ses neuf ans, témoignera, jeudi après-midi.
Les « satellites » qui gravitent autour des principaux accusés, ce sont les sept autres personnes renvoyées devant la cour d'assises pour non-assistance à personne en danger. Il y a là les grands-parents maternels, dont l'un avait déposé une main courante pour signaler que Marc s'automutilait. Il y a aussi le frère et la belle-soeur de David Da Costa qui auraient été au courant mais n'ont rien dit, ainsi qu'une assistante sociale amie d'Isabelle Gosselin. Il y a enfin deux médecins généralistes d'Auby qui avaient vu Marc le 30 décembre et le 17 janvier.
Selon le médecin qui l'a ausculté une semaine avant sa mort, l'enfant ne présentait que « de petites excoriations aux poignets ». Marc souffrait pourtant déjà d'une fracture du bassin et de côtes. « Ils se sont fait avoir par la mère qui leur parlait d'automutilation », estime Me Vincent Potié, leur avocat. Ils risquent jusqu'à cinq ans de prison. L'âge de Marc quand il a quitté les siens.