Les jurés découvrent l'horreur du calvaire subi par le petit Marc
Ecrit par Julien Carpentier
Au troisième jour du procès des neuf personnes qui sont jugées pour avoir laissé mourir Marc, cinq ans, la cour a examiné les faits et pénétré au coeur du calvaire vécu par l'enfant.
Patricia Dhaussy, la tante de Marc poursuivie pour non-dénonciation de crime et non-assistance à personne en danger, n'a pas résisté. Elle s'est effondrée et a dû être hospitalisée après avoir vu les photos. Des clichés insoutenables auxquels ont été soumis la cour et l'ensemble du public via les écrans de télévision. L'horreur du calvaire subi par le petit Marc se passe de mots. L'album photo est terrifiant. Comme un zoom inarrêtable qui part de la cité des Bruyères, à Auby, jus- qu'à l'intimité de la chambre où a été retrouvé l'enfant. Après un détour par la salle de bains, « l'antichambre de l'horreur » décrite par l'avocat général Luc Frémiot, où sont retrouvées compresses ensanglantées et crèmes anti-coups, les photos montrent la chambre parentale.
Marc y est allongé en chien de fusil. Inerte. Mort depuis la veille. Des hématomes sur tout le corps. Les fesses sont noires, une plaie infectée ronge les bourses. Des jurés se cachent les yeux ; David Da Costa regarde l'écran, impassible, comme Isabelle Gosselin qui sanglote parfois. Le visage de Marc est méconnaissable, boursouflé, tranché par une entaille purulente à la lèvre, des hématomes partout, et des yeux... des yeux clos cerclés de traces noires et gonflés par trop de coups.
Le président suspend l'audience.
« Après ça, il n'y a plus rien à dire », souffle Me Théry, un avocat de David Da Costa, dans la cour du palais. Une horde de journalistes fond sur Bruno, le père de Marc : « Je me suis forcé à regarder, c'est écoeurant... mais au moins tout le monde a vu. »
« Un robot »
Il faut maintenant tenter d'expliquer. Le président Gasteau reprend la chronologie des violences qui auraient commencé le 21 décembre 2005, dans un hôtel de Grande-Synthe où la famille est en vacances : un coup de poing au visage alors que Marc et son beau-père sont seuls. Da Costa raconte que Marc a insulté un adulte qui l'a frappé. « Quelque part, ça m'a paru bizarre, lâche Isabelle Gosselin, mais j'ai pas été chercher plus loin et je l'ai tellement cru que j'ai puni Marc. » De retour à Auby, la fréquence des violences s'accélère. Le 8 janvier, raconte la mère, « Marc a voulu se sauver, il l'a rattrapé dans le champ et lui a mis plein de coups de pied. Marc tombait, il le relevait et le frappait... Ensuite il lui a fait manger la terre qu'il avait dans la bouche. » Le 15 janvier, au cours d'une promenade, Marc tombe dans un fossé d'eau glaciale. À ce moment déjà, il marche comme « une tortue, un robot ». Sa mère va chercher des vêtements secs et revient... l'enfant est inconscient. « Vous le voyez inanimé et vous ne réagissez pas ? », questionne le président. « David Da Costa me dit qu'il va s'en occuper », répond Isabelle Gosselin. « Ça ne réveille pas en vous la maman poule ? », insiste le président. « Après avoir vu les photos, je pourrais mourir », lâche-t-elle.
David Da Costa s'enlise aussi dans ses explications : « Vous dire pourquoi, comment, je ne sais pas dire ! » La cour n'avance pas. Même les avocats de la mère semblent désarmés : « On peut être une femme amoureuse, envoûtée, aveugle, mais à un moment donné, dites-nous ! », lui lance Me Simoneau. « je peux pas, je suis désolée. » Coquille vide. Et l'instinct maternel ?
Le ballet des experts semble dès lors obsolète. « Elle n'a jamais su s'affirmer par rapport aux hommes », tente une psychiatre. « Elle a certainement privilégié son rôle de femme plutôt que son rôle de mère », ajoute une autre. « Da Costa vit dans une grande ambivalence », conclut un dernier. Rien qui n'occulte l'essentiel : cent fois, Marc aurait pu être sauvé. Son frère en témoignera aujourd'hui.