Le portrait lisse d'une mère aimante

Ecrit par Florence Traullé
Comment cette femme décrite par tous comme une mère aimante et attentive a-t-elle pu laisser son nouveau compagnon martyriser à mort son enfant de cinq ans, à Auby ? Elle était amoureuse, dit-elle...

C'est le paradoxe de cette femme. Isabelle Gosselin, 35 ans, fut une mère comme bien d'autres. Soucieuse de ses enfants, organisant sa vie autour d'eux, capable de quitter son premier mari « parce qu'il buvait, qu'on avait des engueulades et qu'un jour il y a eu une bousculade ». Elle se dit « désolée » mais son « objectif, ça a toujours été les enfants ». Ses parents confirment. À l'école Gérard-Philipe d'Auby où ses deux fils étaient scolarisés, c'est la même impression. « J'étais une mère gaga. C'était tout pour eux ». Jusqu'à ce que David Da Costa entre dans la vie de cette femme alors obèse et seule depuis 4 ans.
Elle l'a connu l'été 2005, chez une amie. Quelques jours plus tard, il passe chez elle. Il est resté. Comme ça. Puis, il part faire les vendanges, fait quelques semaines de prison parce qu'il n'a pas respecté un contrôle judiciaire, revient à Auby. Et le martyre de Marc, cinq ans, commence. Que fait- elle ? Rien. « J'étais aveugle. J'étais amoureuse ». Elle assiste aux coups sur l'enfant, de plus en plus violents. Elle met de la pommade sur ses hématomes, elle se tait. « Pourquoi ne le quittez-vous pas ? », interroge le président Gasteau. Dans le box, cette femme à la silhouette encore épaisse malgré les 20 kilos perdus en prison, ses cheveux mi-longs retenus par une pince en plastique vert vif, répond : « je ne sais pas. Encore aujourd'hui, moi-même je me pose la question ». « Vous étiez très amoureuse de lui ? ». Elle soupire : « oh oui...

Un enfant plein de vie
Au début, ça se passait pourtant bien entre son nouveau compagnon, dont elle dit avoir ignoré le passé de violence avec son ancienne épouse, et les enfants. Marc était « un enfant plein de vie », dira sa grand-mère, qui raconte comment il pédalait avec entrain sur son vélo. L'aîné était plus « intellectuel », dira son père. « Marc, c'était un bon petit père. Il avait peur de rien. Il aurait été un routier », assure cet homme qui, lui aussi, décrit Isabelle Gosselin comme une mère aimante. « Elle s'en occupait très bien. Ils étaient toujours bien propres, tout ça... » Pourtant, pendant un bon mois, elle a laissé son nouveau compagnon tabasser son enfant, de plus en plus fort, l'humilier, lui infliger des douches glacées. Quand ses parents observent les traces de coups, quand à l'école où elle vient surveiller la cantine on l'interroge sur les absences de Marc, quand des proches remarquent qu'il boite, Isabelle Gosselin ment. Elle raconte que cet enfant de cinq ans souffre d'un « dédoublement de la personnalité », qu'il « s'automutile ».
C'est la version qu'elle servira aux deux médecins qui verront Marc peu avant sa mort. C'est ce qu'elle dira à tout le monde. Jamais elle n'alertera qui que ce soit Jamais elle ne demandera d'aide. Jamais elle ne fera ce qu'il faut pour mettre fm au calvaire de son fils. Et comme elle, personne ne tentera rien. Ni les proches, ni les médecins. Il y a pourtant beaucoup de monde pour assister à ce procès devant la cour d'assises de Douai. Troublant quand on sait comment Marc est mort dans l'indifférence générale...