Le médecin a-t-il vraiment vu Marc?

Pourquoi le dernier médecin à avoir « vu » Marc n'a-t-il pas réalisé l'ampleur des tortures dont le jeune garçon était l'objet ? Surcharge de travail, erreur de diagnostic ou, simplement, ne l'a-t-il pas ausculté comme il l'affirme ?

Face à Isabelle Gosselin, la mère du petit Marc, qui ne « sait plus » ce qu'elle a raconté au médecin qui aurait ausculté Marc le 17 janvier 2006, quatre jours avant la découverte du corps du petit garçon, l'avocat général, Luc Frémiot, sort de ses gonds. « Ne pensez-vous pas, maintenant, qu'il est temps de savoir ? », enjoint-il à cette mère tout autant qu'aux autres accusés. Le Dr Michel Vallemans, est l'un d'eux. Dernier professionnel de santé qui affirme avoir vu l'enfant en vie, il se lève pour répondre aux questions qui se posent.
La première, c'est celle de la présence de l'enfant dans le cabinet de ce médecin associé du Dr Christian Tirloy, qui avait ausculté le petit Marc en cinq minutes, quatre jours auparavant. Isabelle Gosselin dit être venue seule. Elle « voulait un certificat ».

Michel Vallemans, lui jure avoir vu le petit garçon. « Elle est venue pour elle. C'est moi qui me suis intéressé au petit garçon », affirme-t-il. Selon lui, Marc était « agité : il courait partout, montait sur le siège d'examen ». Sauf qu'à cette date, le petit garçon est supposé avoir eu des côtes et la hanche brisées.
Ce qui amène la seconde question. Le médecin a-t-il ausculté l'enfant ? Comment n'a-t-il pas vu les stigmates des sévices qu'il endurait ? Du bout des lèvres, Michel Vallemans explique n'avoir pas déshabillé l'enfant. Il reconnaît avoir vu des marques sur les avant-bras, qù'il aurait estimées compatibles avec l'automutilation avancée par la mère. Au président Michel Gasteau, qui s'étonne que le médecin ait pu écouter le rythme cardiaque du petit garçon sans s'apercevoir que celui-ci avait des côtes cassées, Michel Vallemans affirme qu'« on n'appuie pas très fort » lors de ce type d'examen.

63 Consultations
Mensonge, incompétence ou erreur de diagnostic ? Difficile de trancher. Une chose est sûre, le De Michel Vallemans avait, ce jour-là, énormément de travail. Sur son agenda, qui voit les rendez-vous se suivre au rythme d'un toutes les dix minutes, 39 consultations, auxquelles il faut encore ajouter les trois rendez-vous avec des visiteurs médicaux. Mieux, ce jour-là, « ce sont en fait 63 consultations qui ont été réglées », note le président Michel Gasteau. Et le magistrat de marquer ses doutes sur le mode de fonctionnement du cabinet. « Est-ce qu'on y conçoit la médecine comme un distributeur de choses qu'on vient y chercher ou est-ce qu'on y fait de vraies consultations ? » Question qui reste sans réponse.
De l'autre côté de la barre, le médecin aux tempes grisonnantes regarde le bout de ses chaussures. Et lorsque le président lui tend les photos, horribles, du visage tuméfié du petit Marc, en lui demandant si c'est le même gamin qu'il a vu dans son cabinet, le médecin relève la tête.
« J'ai toujours dit que j'avais examiné un enfant et que je ne savais pas qui c'était ».

Après Me Isabelle Sailliez, avocate du père du petit Marc, partie civile, qui a dénoncé « la lâcheté » de ces accusés dont « pas un n'a reconnu les faits », à la suite de Me Reisenthel qui est venu dire « la tristesse et la colère » de François, le frère de Marc, l'avocat général doit prendre la parole, ce matin, pour un réquisitoire qui dira ce qu'il en est, pour lui, du degré de responsabilité de chacun.