Le frère de l'enfant martyr ne pardonne pas à sa mère
Ecrit par VALE?RIE MAHAUT
Témoignage poignant, hier à la cour d'assises de Douai (Nord), où comparaissent neuf proches de Marc, 5 ans, martyrisé par son beau-père, David Da Costa, jusqu'à la mort Martyrisé et décédé sous les yeux de sa mère, jugée pour complicité aux côtés du bourreau de l'enfant martyr, depuis lundi.
Du haut de ses 9 ans et demi, le frère de Marc a livré ses terribles souvenirs d'enfant à la barre, plongeant les jurés et l'assistance dans la stupeur. Agrippé à son doudou, un animal en peluche baptisé Didel, Frédéric* a traversé la salle bondée de la cour d'assises dans un lourd silence. Entouré d'une psychologue et de son avocat, le garçonnet a répondu de bonne grâce aux questions du président « Oui », il sait exactement pourquoi il est là. « Oui », il sait qu'on va lui poser des questions sur le calvaire de son frère. Des sévices répétés pendant un mois jusqu'à l'issue fatale, le 25 janvier 2006. Mais il ne se souvient « plus très bien ».
Avec tact et douceur, le président Michel Gasteau le met en confiance et l'amène peu à peu à raconter l'indicible. La voix claire et assurée, le petit bonhomme confie rapidement que «les ennuis ont commencé vers Noël, pendant les vacances ». Noël 2005, quand David Da Costa, toxicomane désoeuvré, entre dans la vie de la mère, Isabelle Gosselin, qui élève seule ses deux enfants depuis sa séparation d'avec leur père. Les ennuis « Des coups, détaille le petit Frédéric,. Marc avait des bleus au visage et aux bras. » Epargné par son beau-père, il ne comprend ni pourquoi Da Costa n'a jamais levé la main sur lui, ni pourquoi il a tué son frère.
« Marc était très sympa avec lui et avec tout le monde.» La voix toujours assurée, Frédéric se remémore les scènes d'horreur. « Un jour au canal, Da Costa a poussé Marc, il est tombé dans l'eau. Ma mère est partie chercher des habits et Marc est tombé dans les pommes. Ils l'ont ramené et mis sur la table. Ils lui faisaient comme ça, raconte l'enfant en mi- mant des gifles sur la joue. Après ils le mettaient sous la douche. » Ranimé, Marc perdait conscience quelques instants plus tard « Ils lui redonnaient des gifles et le remettaient sous l'eau, poursuit le très jeune témoin. Oui, je l'ai vu aussi allonger Marc sur le dos et lui donner des coups de poing dans le ventre. Mais Marc ne criait pas. Il ne pleurait pas. Quand on pleure, souvent on a des larmes mais Marc, il n'en avait plus. » Digne et courageux, le petit bonhomme laisse couler ses larmes quand on le questionne sur sa mère, qu'il refuse de visiter en prison. « Quand j'ai réfléchi, je me suis dit qu'elle avait fait des bêtises, sanglote Frédéric. Je ne veux plus qu'elle m'envoie de lettres, je ne les lis plus. »
Sans un regard pour elle, il confie sa « peur » qu'elle le « reprenne » et son désir de rester chez son oncle et sa tante, chez lesquels il vit depuis le drame. « Je suis dans une bonne famille, je veux y rester », précise-t-il tandis que sa mère se lève. Le visage rougi, larmoyante, elle cherche le regard de son fils, essaie de dire un mot Mais se rassied « Je ne vous ai pas donné la parole, cela lui aurait sans doute fait plus de mal que de bien »,
justifie le président quand Frédéric quille la salle.
* Le prénom du mineur a été modifié.