Le calvaire du petit Marc aux assises
Ecrit par Florence Traullé
Il est mort après des semaines de violence. Beaucoup ont vu, nul n'a rien dit, rien fait pour le secourir. Lundi, son beau-père, sa mère, des proches sont jugés à Douai. Et deux médecins qui ont vu l'enfant peu avant sa mort.
Sur la photo, il sourit timidement. Un petit garçon, cheveux coupés court, la chemisette rouge sagement boutonnée. Le 21 janvier 2006, au petit matin, les pompiers arrivent rue Maurice Thorez à Auby, près de Douai. Marc, cinq ans et demi, gît, nu, dans son lit. Son petit corps est couvert d'hématomes. Isabelle Gosselin, la mère, et David Da Costa, son nouveau compagnon, avancent une bien curieuse explication aux policiers alertés par les secours : le petit Marc s'automutilait...
La mère sort deux certificats médicaux récents reprenant cet argument et allant même jusqu'à écarter toute maltraitance. C'est ce qui vaut à deux médecins de se retrouver dans le box des accusés à partir de ce lundi.
Ils seront jugés pour non-assistance à personne en danger et ils ne sont pas les seuls. Aux côtés de David Da Costa, décrit comme « violent, toxicomane et alcoolique » par son avocat, Me Berton, et poursuivi pour actes de torture et de barbarie ayant entraîné la mort de l'enfant, il y a la mère du bambin.
Isabelle Gosselin n'a rien dit. Elle n'a pas protégé son petit garçon. Par peur de son nouveau compagnon, dira-t-elle. Parce qu'elle ne voulait « pas le perdre » aussi. Il y a également ceux qui ont vu, ont deviné, n'ont pas cru les étranges explications mais n'ont rien dit, rien fait. Les grands-parents maternels, le frère et la belle-sceur de l'accusé, la mère de la belle- soeur, une amie de la mère de l'enfant.
Dix jours d'audience prévus
Selon l'acte d'accusation, il y a eu des dizaines d'occasions de sauver le bambin, victime d'un beau-père dont la violence est allée crescendo pendant plu- sieurs semaines. Le petit Marc, ils l'ont vu avec les lèvres tuméfiées, des traces de coups sur le visage, des yeux tellement gonflés qu'il ressemblait « à un Chinois », dira son grand-père. Ils l'ont vu boiter, ils l'ont vu terrorisé, ils l'ont vu somnolent pendant des heures en pleine journée.
La mère, elle, a assisté à certaines des violences endurées par son petit garçon. Des coups de pied dans les fesses tellement violents qu'il s'effondrait sur le sol. Ce jour où David Da Costa l'a forcé à lécher de la soupe sur le sol, soupe dans laquelle l'homme avait craché. Le frère de Marc racontera aussi d'autres scènes d'une extrême violence. Les douches glacées, l'enfant jeté dans le canal. C'est un calvaire qu'a enduré ce petit garçon.
Le rapport d'autopsie sera édifiant. Outre les hématomes et des plaies aux testicules, il avait plusieurs côtes cassées. Une amie de sa mère avait tellement peu cru qu'un enfant de cinq ans puisse s'automutiler ainsi qu'elle avait décroché son téléphone pour appeler le numéro de l'enfance en danger. Elle s'est ravisée. A raccroché. Quant aux médecins qui n'auraient même pas déshabillé le petit Marc pour l'examiner, « ils se sont tous deux fait avoir par la mère », estime Me Potié, l'un de leurs avocats avec Me Dupont-Moretti.
La cour d'assises du Nord a prévu dix jours d'audience pour comprendre comment la violence et le silence ont tué un petit garçon.