«J'ai tué un enfant, je mérite la peine de mort »

Ecrit par FRANCK ANTSON
Au deuxième jour du procès de neuf personnes poursuivies à Douai après la mort du petit Marc, 5 ans, en janvier 2006, la cour d'assises du Nord s'est penchée hier sur la personnalité du principal accusé, le beau-père de l'enfant.
Il l'avait roué de coups. « Je mérite la peine de mort, c'est tout ! » a déclaré d'emblée David Da Costa, 38 ans, avant de poursuivre : «J'ai tué un enfant, il faut parler de lui, pas de moi. »
Jusqu'à hier, cet homme au physique imposant perdu dans une veste de survêtement bleue, avait toujours refusé de s'expliquer sur le calvaire qu'il a infligé au fils de son ex-compagne, poursuivie pour complicité.

Sur l'insistance du président l'accusé, qui encourt la perpétuité, est revenu sur sa «vie de misère » et ses rapports difficiles avec un père violent. Sous l'emprise de l'alcool, puis de la drogue (« j'étais défoncé 24 heures sur 24 »), David Da Costa assure qu'il n'a aucun souvenir des coups portés au petit Marc, qui avait les côtes fracturées, des hématomes sur le corps et des plaies jusqu'aux testicules. Mais il assume sa responsabilité sur la foi du témoignage du frère aîné de la victime, qui avait 7 ans à l'époque. « Le ch'tiot c'est pas un menteur ! assure- t-il. J'ai tué mon meilleur ami sans m'en rendre compte. Depuis que je suis en prison, je vis avec Marc dans ma cellule, je ne mérite pas de vivre. »
Père de quatre enfants nés d'une précédente union, David Da Costa qui a vécu de petits trafics en tout genre et a été incarcéré à plusieurs reprises, « cognait» sa première compagne, « même quand elle était enceinte ». A ses côtés dans le box, Isabelle Gosselin, présentée comme une « mère poule », mais qui ne s'est jamais interposée, explique qu'elle aidait ce «bourreau » à payer ses doses de cocaïne et d'héroïne avec son petit salaire. « J'étais amoureuse. Je ne pensais pas que cela allait se passer comme ça », tente-t-elle de se justifier. Dans son entourage, elle expliquait que le petit s'automutilait «Tout le monde a fermé sa gueule ! Tout le monde a laissé faire », lance Da Costa en se tournant vers les autres accusés, des membres de la famille et deux médecins qui comparaissent pour non-assistance à personne en danger. Dans la joumée, Isabelle Gosselin a laissé échapper quelques larmes en voyant les photos de Marc, souriant à l'école. « Je l'ai laissé mourir, je sais », a reconnu la mère en s'adressant à une ancienne amie qui lui reprochait de n'avoir rien fait. Cette assistante maternelle, également poursuivie aujourd'hui, avait décroché son téléphone pour appeler SOS Enfance maltraitée avant de se raviser.

La cour a commencé en fin de journée le pénible examen des faits. Les pompiers qui ont découvert le petit garçon mort chez lui à Auby, restent traumatisés. « Je n'ai jamais vu autant de coups sur un corps », a expliqué l'un d'eux. L'avocat général, Luc Frémiot, a tenu à rappeler que « c'était neuf jours après son passage chez l'un des médecins ». Deux généralistes, dont l'un a exclu à l'époque tout geste malveillant des parents, vont devoir s'expliquer dans les prochains jours sur leur absence de réaction.