Il fallait bien aborder l'horreur des faits...

Ecrit par Florence Traullé
Journée éprouvante hier aux assises. La cour abordait l'examen des faits, c'est-à-dire les dernières semaines de vie de Marc, mort à cinq ans après des jours et des jours de maltraitance.
Une violence qui est allée crescendo...


Le policier qui est arrivé sur place ce matin de janvier 2005 n'a pas douté un instant. « Le petit était mort. C'était flagrant », dira-t-il « qu'il avait reçu de multiples coups ». Les photos que le président de la cour d'assises a décidé de montrer aux jurés sont tout aussi éloquentes. David Da Costa, derrière la vitre de son box, reste droit, immobile, tandis que les photos déifient sur les écrans. Isabelle Gosselin, la mère de Marc, essuie quelques larmes. Une des accusées de non-assistance à personne en danger, la belle-soeur de David Da Costa, est victime d'un malaise et sera emmenée par les pompiers. La veille, c'était une autre, qui n'a pas non plus supporté ce que la cour d'assises détaille, la misérable vérité du calvaire d'un enfant.
Le policier, un ancien, rien d'un bleu, un de ceux qui en ont beaucoup vu, raconte comment ils vont immédiatement mettre en garde à vue la mère de l'enfant et son compagnon ce matin-là. Un couple qui, malgré la mort de l'enfant, a gardé tous ses esprits. Aux policiers, ils remettront tout de suite ces certificats médicaux controversés qui établissent que Marc s'automutilait et valent à deux médecins de se retrouver, eux aussi, sur le banc des accusés.

C'était peu avant Noël. David Da Costa accuse Isabelle Gosse-lin d'en être l'auteur. Elle nie, affolée dans son box. Jure que, ce jour-là, quand la spirale de la violence commence, elle n'a pas assisté aux coups qu'aurait donnés Da Costa. Qu'elle n'a vu les traces qu'après. « Vous n'avez rien demandé à Marc ? », l'interroge le président Gasteau. « Non, j'ai posé la question à David. Marc, il ne disait rien. Il ne pouvait rien dire ». « Et ça ne vous a pas paru bizarre les explications de David Da Costa ? », continue le président de la cour. « Oui, quand même... », consent-elle « mais j'ai pas été chercher plus loin.»

Toute la matinée, tandis que s'égrènent les jours et les scènes de violence de plus en plus dures, les humiliations de plus en plus basses, Isabelle Gosselin ne bouge pas d'un millimètre. Toujours la même absence d'explication. «Je ne sais pas pourquoi je n'ai rien fait, j'étais sous son emprise». Les uns après les autres, ils essayent de la faire sortir de son enfermement. Le président, l'avocat général Luc Frémiot, son propre avocat. Rien. Isabelle Gosselin est emmurée.
On en arrive au dernier jour. Marc va très mal. Un ami de da Costa qui est passé chez eux ce jour-là dira qu'il «marchait comme un petit vieux, comme un robot». Isabelle Gosselin, pourtant, le laisse seul avec son bourreau. Elle est partie lui acheter ses cigarettes. A son retour, Marc gît, inconscient sur le sol de sa chambre. Plutôt que d'appeler le Samu, ils lui font prendre des douches pour le réveiller, lui mette des glaçons sur le visage, le recouchent dans leur lit.
Marc va mourir ce jour là. On ne sait trop à quelle heure. Longtemps avant que les pompiers n'arrivent, c'est sûr. Le légiste parlera d'un décès intervenu entre 10 et 20 heures avant son premier examen. Cela veut dire qu'Isabelle Gosselin s'est endormie à côté de son enfant mourant ou déjà mort. Da Costa, lui, reste peu locace. «Je l'ai massacré. Je ne sais pas pourquoi ni comment» redit-il. Aujourd'hui, ils auront devant eux un enfant de neuf ans. Le frère aîné de Marc qui viendra dire ce qu'il a vu et vécu. Et qui veut comprendre, comme l'a expliqué son avocat Me Reisenthel, «pourquoi Marc est mort et pas lui»