Deux médecins jugés après le décès d'un enfant martyr
Ecrit par Geoffroy Tomasovitch
Dans sa cellule, David Da Costa parle toute la journée au fantôme du petit Marc. A l'évidence, cet enfant martyr le hante. Ce beau-père de 37 ans n'a pourtant jamais avoué les sévices qui ont fini par tuer le garçon de 5 ans, le 25 janvier 2006 à Auby (Nord). « On va essayer de l'accompagner sur le chemin de la vérité », indique Me Frank Berton alors que le procès de son client s'ouvre ce matin devant la cour d'assises de Douai. David Da Costa comparaît pour «actes de torture et de barbarie ayant entraîné la mort sans l'intention de la donner » et « défaut de soins », avec sa complice présumée, Isabelle Gosselin, 35 ans, mère de l'enfant.
Fait rarissime, deux médecins qui avaient vu le jeune garçon peu de temps avant son décès sont jugés pour le délit de « non-assistance à personne en péril ». Enfin, cinq personnes de l'entourage familial sont poursuivies pour ne pas avoir porté secours au petit Marc et ne pas avoir dénoncé les mauvais traitements qu'il endurait.
Selon l'instruction, le calvaire de Marc a débuté en décembre 2005. David Da Costa est accusé d'avoir frappé l'enfant à coups de pied jusqu'à la perte de connaissance, de l'avoir obligé à marcher avec une fracture du bassin, de l'avoir blessé avec un couteau et brûlé avec une cigarette... L'accusé n'a pourtant admis que « quelques claques et coups de pied aux fesses mérités ». Déjà père de trois enfants, cet homme violent, alcoolique, cocaïnomane et héroïnomane, avait rencontré Isabelle Gosselin courant 2005.
Les charges contre cette ancienne nourrice sont tout aussi effroyables. Elle aurait donné des douches froides à son fils évanoui sous les coups, aurait laissé s'infecter ses plaies et l'aurait retiré de l'école pour le laisser toute la journée sous la garde de son bourreau de beau-père. Bien que témoins des multiples traces de violences sur Marc, les cinq proches du couple n'ont pas donné l'alerte, se contentant de la thèse de l'automutilation entretenue par le beau-père et la mère du garçonnet.
Les deux généralistes sont aussi soupçonnés de ne pas avoir su protéger l'enfant Le docteur T. a reçu Isabelle Gosselin et son fils, en urgence entre deux rendez-vous, le 30 décembre 2005. Il constate de nombreux hématomes sur les membres inférieurs du petit, mais ne procède pas à un examen clinique complet, adressant la mère à un confrère. Le 17 janvier 2006, la mère consulte le docteur V. Ce dernier ne constate rien sur Marc, excepté de petites excoriations aux poignets. Lui aussi adresse l'enfant à un confrère pour des gestes d'automutilation dus à la séparation parentale. Il conseille à la mère de voir un pédopsychiatre.
Or, selon l'instruction, Marc, l'époque de cette visite, présentait « nécessairement des fractures et de multiples lésions traumatiques ».
« Ces deux médecins partent avec la certitude absolue que cette mère va faire le nécessaire, soutient leur avocat, Me Vincent Potié. Pas une seconde, ils ne remettent en question ce qu'elle dit c'est-à-dire que ce sont des traces d'automutilation. Ils se sont fait avoir par la mère. » Les médecins risquent cinq ans de prison. Le couple, lui, encourt la perpétuité Le procès s'achèvera le 7 novembre.