Deux médecins aux assises
Ecrit par Florence Traullé
La cour d'appel de Douai a confirmé hier le renvoi devant la cour d'assises de deux médecins suite à la mort, en janvier 2006, d'un enfant de 5 ans, victimes de maltraitance et de violences répétées.
I1 y aura finalement neuf personnes dans le box de la cour d'assises du Nord quand elle aura à juger les personnes accusées d'avoir provoqué la mort d'un petit garçon de 5 ans ou de n'avoir pas empêché ce drame. Parmi eux, deux médecins d'Auby qui avaient vu le petit Marc dans leur cabinet. Le premier l'avait reçu en consultation avec sa mère et avait suggéré une hospitalisation après avoir constaté des traces sur son corps, blessures et ecchymoses justifiées par la mère de Marc comme étant des traces d'automutilation...
Un deuxième généraliste avait vu l'enfant, apparemment sans l'ausculter, quelques jours avant sa mort. Luc Frémiot, le procureur de Douai, expliquait en février 2006 que le médecin n'avait pas déshabillé l'enfant mais que « d'après les témoignages décrivant l'état de Marc, corroborés par l'autopsie, il y avait suffisamment d'éléments pour qu'il ait des doutes et effectue un signalement ».
Brûlures de cigarette, coups...
À l'époque, les deux médecins avaient été mis en examen pour non-assistance à personne en danger et non-dénonciation de violences sur mineur de moins de 15 ans. Hier, la cour d'appel a confirmé leur renvoi aux assises pour non-assistance à personne à danger, mais elle a prononcé un non-lieu pour la non-dénonciation de crime. La mort de ce petit garçon de 5 ans aurait-elle pu être évitée ? C'est la conviction de plusieurs sources judiciaires et policières qui ont travaillé sur ce drame. Marc avait été découvert mort par les pompiers appelés à la résidence des Bruyères, située à l'entrée d'Auby, près de Douai. Cela faisait presque trois semaines qu'il n'avait pas mis les pieds dans son école maternelle. Trop marqué par les violences qu'il subissait et qui seraient le fait du compagnon de sa mère, avec qui elle cohabitait depuis l'été précédent. Brûlures de cigarette, coups, le petit Marc a subi l'horreur sans que personne ne s'en émeuve, sans que personne ne tente de mettre fin à son calvaire.
Quand l'enfant est mort, la stupéfaction a saisi le voisinage. Si certains avaient bien remarqué que la mère du petit garçon semblait « mal dans sa peau » et « dominée » par son compagnon, ils assuraient n'avoir jamais imaginé les sévices répétés que subissait l'enfant. À l'école maternelle où on s'était inquiété de son absence (la mère de Marc travaillait à la cantine), on s'était entendu répondre que ça n'allait pas fort dans le ménage. Mais, là non plus, on ne semble pas avoir compris ce qu'il en était.
Le beau-père de la petite victime est, lui, renvoyé devant les assises pour actes de torture et de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner, sa mère pour complicité, une amie et quatre autres membres de. la famille pour non-assistance à personne à danger.
Ce sera, aussi, le procès du silence...