Des aveux, enfin, et des regrets

Ecrit par Florence Traullé
Pendant toute l'instruction, David Da Costa s'était contenté de reconnaître quelques fessées sur l'enfant de sa compagne. Hier, il a avoué avoir tué Marc, mort des suites des sévices subis. Et dit mériter la peine de mort...

Il ne voulait pas parlé de lui. Rien dire de son enfance, de son histoire, de ce qui l'a amené à devenir cet homme, accusé d'avoir martyrisé à mort un enfant de cinq ans. C'est l'ouverture de l'audience. David Da Costa, debout dans le box, est figé dans son refus. « J'en ai rien à foutre. Je suis ici parce que j'ai tué un enfant. On parle de l'enfant, pas de ma vie ». Il faudra toute l'adresse du président Gasteau pour le sortir de cette impasse. David Da Costa ne demande nulle indulgence à ses juges dans cette cour d'assises. « Je mérite la peine de mort » , assène-t-il avant de consentir à en dire un peu plus sur lui.

Cocaïne, héroïne, alcool...
On comprend que ses souvenirs d'enfance n'ont rien d'idylliques même si ceux d'un de ses frères ne décrivent pas le même tableau noir. David Da Costa raconte son père qui « ne foutait rien, buvait beaucoup », sa première union qui va mal tourner. « L'alcool, les fréquentations, tout s'enchaîne ». Les concours de packs de bière, à qui en descendra le plus grand nombre, les cuites, les coups sur sa femme qui finira par partir avec leurs quatre enfants. « Ça a été un cauchemar, une dépression ». Un « chavirement » dit-il. Ce serait à partir de là qu'il plonge dans la drogue. Des cocktails explosifs. Cocaïne, héroïne, ecstasy, alcool. « J'étais tout le temps défoncé, 24 heures sur 24 ». Défoncé au point de ne se souvenir de rien assure-t-il, s'agaçant quand on lui pose des questions, quand on lui réclame des précisions. « J'ai jamais intéressé personne. Y'a fallu qu'il y ait ce drame pour qu'on s'intéresse à moi ! Tous ces gens étaient au courant. S'ils auraient (sic) parlé, ça serait pas arrivé ! », s'emporte-t-il dans le box. Et d'un geste du bras, il montre les autres accusés, dans le box, ceux qui sont poursuivis pour non-assistance à personne en danger, ceux qui n'ont rien fait pour Marc. Sur leurs bancs, ils se tassent tous.

Malaise dans le prétoire. Maintenant qu'il a dit ce qu'il avait sur le coeur, il peut enfin parler de Marc, l'enfant martyr. « Marc, c'était mon meilleur ami et je l'ai tué. Depuis que je suis en prison, je vis avec Marc dans ma cellule ». Une part d'humanité est enfin entrée dans le box des accusés. « Je suis désolé pour le petit. Honnêtement. Je demande pardon ». À ses côtés, Isabelle Gosselin, sa compagne, la mère de l'enfant, l'incompréhensible mère qui a laissé son compagnon tabasser son fils pendant près d'un mois. Elle aussi a ses agacements quand on l'interroge. Elle a sa réponse, évidente, à sa passivité et ne semble pas comprendre pourquoi elle gêne. « J'étais amoureuse... » est son leitmotiv. Ou encore « c'était tout pour lui ». Au point de se taire, au point de mentir à ceux que l'état de Marc inquiète, au point d'aller raconter aux médecins que Marc s'automutile pour obtenir un certificat excluant toute maltraitance. Certificat qui vaut à deux généralistes d'être jugés également pour non-assistance à personne à danger.

Misère affective
L'urgentiste qui est intervenu à Auby le jour de la mort de l'enfant dira, lui, « n'avoir jamais vu autant de coups sur un corps ». Un pompier, venu avec le médecin, racontera avoir été contraint de se faire aider par un psychologue pour se remettre de ce qu'il avait vu. Isabelle Gosselin, elle, continuera à soutenir la thèse de l'automutilation, à défendre Da Costa. Ce n'est qu'après qu'elle lâchera celui dont elle s'était prise de passion. Une passion, sur fond de misère affective et sexuelle chez cette femme alors obèse et seule depuis quatre ans. Une passion fatale pour Marc.