Affaire du petit Marc une mère poule malgré tout
Ecrit par Julien Carpentier
Le procès de ceux qui ont laissé mourir le petit Marc s'est ouvert hier devant la cour d'assises du Nord. Le garçonnet de cinq ans avait été retrouvé mort le 25 janvier 2006, à Auby (Douaisis), après un mois de sévices et violences répétés. Après l'examen de la personnalité d'Isabelle Gosselin, la mère de l'enfant, celle de son concubin, principal accusé, est évoquée aujourd'hui.
Depuis son placement en détention, Isabelle Gosselin (35 ans), la mère du petit Marc, a perdu une vingtaine de kilos. C'est David Da Costa, son ex-concubin, qui les lui a pris. Celui qui est considéré comme le bourreau du petit Marc n'est plus « le beau gosse » d'il y a trois ans. La barbe envahit son visage pâle. « D'la merde ! », siffle-t-il en déclinant son identité. « J'ai 31, euh... 38 ans. » Non, 37 ans depuis une semaine. C'est tout ce qu'on entendra de la bouche de David Da Costa, le principal accusé.
On n'entendra pas non plus l'enquêteur de personnalité qui l'a examiné. Malgré Me Berton, qui insiste pour qu'on le fasse venir, l'enquêteur de personnalité qui a rencontré David Da Costa est en croisière sur la Méditerranée. « On essaiera de le joindre sur son portable quand il s'approchera des côtes », lâche sans rire le président Gasteau. Ou la cour se contentera du rapport écrit.
Isabelle Gosselin ne rit pas dans son box, elle se balance juste d'avant en arrière, comme une autiste, sanglote aussi parfois. La lecture des faits qui lui sont reprochés, à elle, à David Da Costa et aux sept prévenus placés les uns derrière les autres au milieu de la salle, ne s'y prête pas. Deux heures de mots durs, du calvaire subi par le petit Marc. Un mois de mauvais traitements, de coups de plus en plus violents, de tortures infligées jusqu'à la mort. « Marc était plein de vie, gentil et pas malhonnête », témoigne Marie-Thérèse Gosselin, sa grand-mère maternelle, poursuivie pour non-dénonciation de crime et non-assistance à personne en danger. Et Isabelle ? « Une bonne mère. Je lui donne 8/10. »
« On était heureux »
Une mère qui ne parlait pas beaucoup quand même. Luc Frémiot, l'avocat général, insiste : « Elle est un peu secrète, non ? Quand elle rencontre son mari Bruno (le père de Marc), elle ne vous le dit pas alors qu'elle vit chez vous... » « Non, répond Marie-Thérèse Gosselin, on ne le savait pas. Elle est venue un jour et elle nous a dit qu'elle se mariait. » Un mariage à la hâte et une séparation, trois ans plus tard, en 2001, au pire moment, alors que Bruno sombre dans l'alcool, qu'il perd son travail et qu'Isabelle est enceinte de Marc. « Vous quittez Bruno parce qu'il boit, poursuit l'avocat général, et vous restez avec Da Costa qui se drogue et martyrise Marc ! » « Au début, on était heureux, répond la mère,on vivait bien avec Marc et François (le frère aîné). David Da Costa jouait avec eux, il s'en occupait bien. » Ça s'est pourtant dégradé et Isabelle Gosselin n'a rien dit. Ou juste que Marc s'automutilait quand les grands-parents se sont inquiétés.
« Elle était tellement toujours autour de ses enfants qu'on n'avait pas à avoir de doutes », ajoute Yves Gosselin, le grand-père lui aussi poursuivi. « Une mère poule », selon lui. « Une bonne mère », selon Bruno, son ex-mari.
Aucun doute. Aucun signalement. Isabelle Gosselin était « heureuse, amoureuse » de David Da Costa, surprise aussi qu'un « beau mec » s'intéresse à elle. « Il savait me prendre, me parler, m'envoyer dans un rêve. » Jusqu'à concevoir un enfant ensemble à la mi-janvier 2006 (la grossesse a été interrompue en détention), alors que le petit Marc vivait ses derniers instants.